Le parfum de la dame en noir 2/6

Precious Ramotswe, 1e dame détective du Botswana

Dotée d’un appétissant physique traditionnel, d’un goût pour le thé rouge, d’une autorité et d’une bonté naturelles, voici une dame noire en noir qui enchante le polar

Il y a les serials killers, les assassinats crapuleux, les crimes sanglants, les escroqueries de haut vol. Ce n’est pas là le registre de Mma Ramotswe, fondatrice de l’Agence no 1 des Dames Détectives du Botswana. Avec son bon sens et son intuition, ce Sherlock Holmes féminin s’attache à résoudre des énigmes plus modestes: adultères, petits larcins, drames du quotidien.

C’est le plus souvent en remuant son odorant ragoût au potiron que Precious Ramotswe trouve la solution de l’énigme qui la préoccupe. Ce goût pour la cuisine explique la «constitution traditionnelle» que la fondatrice de l’Agence no 1 des Dames Détectives du Botswana affiche fièrement.

Couple heureux

Ce talent et l’embonpoint qui en découle ne sont pas pour déplaire à J. L. B. Matekoni, son garagiste d’époux, propriétaire du Tlokweng Road Speedy Motors à Gaborone. Après cinq ans de fiançailles, ils forment enfin un couple heureux, qui console Mma Ramotswe d’une union désastreuse avec un musicien. D’une grande bienveillance, ils ont adopté deux enfants, des protégés de Mma Potokwane, autre femme puissante, qui gère l’orphelinat, assiste la détective de ses conseils et abuse de la serviabilité du garagiste.

L’Agence no 1 ne saurait fonctionner sans les talents de classement de Mma Makutsi, qui a obtenu un inégalé 97/100 à l’examen final de l’Ecole de secrétariat. Dans le dernier volume paru en français, Le Café de luxe pour beaux messieurs, sa patronne a eu la mauvaise idée de la nommer codirectrice, ce qui engendre de nombreux conflits de pouvoir larvés.

Pour profiter pleinement des enquêtes de Mma Ramotswe, il vaut mieux ne pas être pressé. On parvient au cœur de l’énigme par des sentiers détournés, et le récit se double souvent d’un autre thème. Ici, la quête de l’identité d’une amnésique côtoie les efforts de Mma Makuti pour ouvrir un restaurant.
Mais quel que soit le problème qui se présente à elles, Precious Ramotswe et son assistante ont toujours recours à une bonne tasse de thé rouge qui favorise la réflexion. Une habitude que la détective doit à son père, Obed Ramotswe.

Les vaches et la terre

Tôt orpheline de mère, elle a hérité de cet éleveur à l’âme juste et tendre l’amour pour les belles vaches, pour la terre ocre du désert du Kalahari que la pluie fait verdir en un instant, pour la justice et la vérité. A tel point qu’elle préfère renoncer à une enquête plutôt que de devoir proférer un mensonge. Alexander McCall Smith, juriste britannique, membre de «l’Orchestre épouvantable», né dans ce qui était alors la Rhodésie, a doté son héroïne d’une quinzaine d’enquêtes qui leur ont valu un succès mondial et une série télévisée.


Alexandre McCall Smith, Le Café de luxe pour beaux messieurs, Univers Poche, Grands Détectives, 308 p.

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