«De retour à la maison.» Sur le programme du concert inaugural du Conservatoire restauré et modernisé, la phrase donne le sentiment d’une famille musicale séparée enfin réunie. Après une fermeture de trois ans pour réaliser des travaux dont la conception remonte à onze années, la réouverture de l’école de musique de la place de Neuve était plus qu’attendue. Vendredi soir, la foule s’est pressée dans la bâtisse financée par les frères Constant et François Bartholoni, et inaugurée en 1859.

Après des améliorations successives au fil des siècles, le Conservatoire retrouve aujourd’hui un lustre patrimonial renforcé, un agrandissement de 30% de sa surface en sous-sol, un café public et une modernisation aussi exceptionnelle au niveau technique qu’esthétique.

Relire: Le Conservatoire de Genève sort de sa chrysalide

Entre tradition et modernité

La soirée était donc à la fête, avec sa succession d’hommages et de remerciements pour célébrer l’événement. Après les discours introductifs de la directrice Eva Aroutunian, de l’architecte conseil Jean-Pierre Stefani, du président du conseil de fondation Nicolas Jeandin et de la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet, la musique a repris ses droits. L’ancienne Grande Salle, renommée Franz Liszt, a résonné comme jamais.

En ouverture, six étudiants ont entonné au cor des Alpes et cor moderne une œuvre de Christophe Sturzenegger intitulée Trace-ecarT, du nom du projet architectural de rénovation par le bureau GMAA. Les jeunes instrumentistes ont donné avec sérieux la création mondiale de cette pièce qui tend des liens entre tradition et modernité.

Les transformations de la rénovation apportent aussi un agrandissement de la scène, qui peut accueillir un orchestre d’une petite cinquantaine de musiciens. C’est donc en nombre que les étudiants des phalanges du Conservatoire et de la HEM se sont ensuite réunis sur le plateau élargi.

Maturité de jeu

Sous la baguette fervente et lyrique de Gabor Takacs-Nagy, l’ensemble a accompagné trois jeunes pianistes qui se sont succédé au clavier. Un par mouvement du brillant Concerto pour piano de Grieg. L’idée était jolie, pour mettre en valeur la qualité des élèves de l’institution.

Pablo Bodineau-Acker, cheveux noirs bouclés, 13 ans et élève de Serguei Milstein, a ouvert les feux avec une étonnante largeur de ton. Sa prudence assumée révèle un toucher rond et chantant. La virtuosité sûre, il a laissé la place à Gabriel Berrebi dans le 2e mouvement lent.

Dix-sept ans, élève de Philippe Chanon, le Franco-Suisse auburn aux grandes lunettes offre une belle clarté de touche, une musicalité souple et une maturité de jeu remarquable. En prenant son temps, il dégage une certaine ampleur sonore et une puissance de frappe jamais cassante.

Dans la catégorie des grands

C’est à Lyaman Seyidova, 12 ans, élève de Serguei Milstein, qu’est revenu de fermer la marche. Longs cheveux noirs colorés de bleu, la benjamine s’est lancée concentrée dans la partition très technique. Sa fluidité et son assurance, sa mobilité et sa sensibilité ont emporté la salle conquise.

Quant à la 2e Symphonie de Brahms, pleine de fougue et de générosité, elle a impressionné. Étonnés de tant de puissance sonore dans cette salle jusque-là dévolue à la musique de chambre, les auditeurs ont pu apprécier des changements majeurs qui installent dorénavant le Conservatoire dans la catégorie des grands lieux genevois de musique et d’apprentissage.