En ce moment, sur les arrêts de tram de Meyrin, il y a cette affiche énigmatique aux couleurs d’Antigel: elle représente des perroquets blancs aux ombres inquiétantes et annonce un ciné-concert, Les Contes de Cockatoo. C’est une carte blanche que le festival des périphéries genevoises offre au producteur de hip-hop Varnish La Piscine, qui en profite pour réaliser son premier film et le projeter ce vendredi sur les façades de la cité où il a grandi.

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Varnish, né Jephté Mbisi le 4 mars 1994, cultive des pseudonymes aussi variés que ses identités fluctuantes. On l’a connu Pink Flamingo, dans les parages immédiats de son plus-que-frère, le rappeur Makala, d’origine congolaise lui aussi. Varnish, quand il avait 12 ans, est tombé amoureux de Pharrell Williams et s’est mis à inventer sur un ordinateur rapiécé des musiques qui doivent autant à son héros américain qu’à toutes les musiques (brésilienne, soul, jazz) qu’il dévore sur YouTube.

Série B et science-fiction

Varnish est, depuis lors, l’un des compositeurs attitrés de la jeune génération des rappeurs genevois (Slimka, Di-Meh, tout le label Colors Records), mais il est aussi une des personnalités les plus intrigantes et créatives de sa génération. Un jour, il collabore avec Sébastien Tellier pour la Biennale de Venise, le lendemain il arpente les allées de Los Angeles à la recherche de rappeurs à sa démesure. Il est aussi un cinéphile fou, dont l’album Le Regard qui tue est une ode polyphonique au film de série B et à la science-fiction.

Pour qui connaît un peu Varnish (sa détermination calme, la certitude qu’il a que son destin est écrit), l’ambition qu’il affichait de bientôt réaliser son premier film laissait assez peu de place au doute. Les mythologies qu’il déploie dans ses chansons, les personnages récurrents de Fred Koriban ou Sidney Franco, les journalistes en imperméable, les détectives véreux, les femmes ensorcelantes aux yeux de Méduse, tout cela établit la trame des Contes de Cockatoo, une comédie musicale dont on ne sait pas grand-chose sinon qu’elle est à l’image de son maître à penser. Libre, étrange, fascinante.

Que ce jeune homme ait pu réaliser en quelques semaines un moyen métrage d’une quarantaine de minutes et qu’il soit projeté sur les immeubles de sa propre banlieue, cela relève d’un conte de fées sur lequel on reviendra bientôt, quand l’album qui accompagnera le film sera disponible. Pour l’heure, on encourage chacun à se précipiter vendredi à Meyrin. Parce que Varnish La Piscine, quoi qu’il arrive, est un surdoué.


«Les Contes de Cockatoo», carte blanche à Varnish La Piscine. Ciné-concert, vendredi 14 février à 18h30. Meyrin Parc, dans le cadre du festival Antigel.