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La première série danoise de Netflix vise les ados

Ce vendredi, le réseau mondial dévoile sa première fiction venue du pays qui s’est imposé comme le creuset européen des séries. Surprise, ce n’est pas un polar, mais un suspense post-apocalyptique. Ses auteurs racontent

Surprise. Ce vendredi, Netflix dévoile sa première série originale venant du Danemark – issue donc du pays qui est le creuset européen de l’innovation en matière de feuilletons depuis dix ans. Et les pronostics sont déjoués. Ce n’est pas un suspense criminel comme Forbrydelsen (The Killing), encore moins une épopée politique à la Borgen, pas plus un thriller économique façon Bedrag (Follow the Money). The Rain est une série de science-fiction post-apocalyptique qui se positionne sur le registre du roman pour ados. Les deux premiers épisodes ont été montrés au festival Séries Mania, à Lille.

Pendant quelques minutes, The Rain est une pure fiction de lycée. Alors qu’ils s’impatientent, Simone amène à ses camarades les bases d’un travail de groupe qu’ils doivent présenter devant la classe. Puis surgit son père, qui l’emmène. Conduite catastrophée sur les routes du pays, Simone oscille, à l’arrière de la voiture, avec son petit frère Rasmus. Au loin, mais pas si loin, de gros nuages d’encre. La pluie, dit le père, instille un virus qui tue les humains. Fuite, et accident: la famille se retrouve dans un bunker connu du paternel. Elle s’enferme. Le père s’engouffre dans des couloirs métalliques, confiant Rasmus, «qui est la clé», à la surveillance de sa sœur. La mère, elle, ouvre un temps la porte. Elle se fait happer par un homme resté dehors, qui agonise. Elle ne survit pas à la pluie.

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Une densité exceptionnelle

Aucun spoiler jusqu’ici: il s’agit des seules 12 premières minutes du premier épisode, avant le générique. «Nous voulions exprimer le chaos ambiant», raconte Jannik Tai Mosholt, l’un des trois créateurs de The Rain: «Le but était que le spectateur se demande ce qui se passe, alors que les choses se dérèglent. Nous voulions que vous ne puissiez pas respirer pendant ce moment. Puis les spectateurs peuvent atterrir avec le huis clos.»

Car ensuite, l’histoire se concentre sur Simone et son petit frère. Ils passent six ans dans le bunker. Au moment de la sortie, le monde n’est pas meilleur qu’avant. Les survivants rivalisent entre clans pour trouver des vivres, tandis que de mystérieuses escouades les traquent au moyen de drones.

«Une série sur des jeunes qui ne savent pas qui ils sont»

The Rain se pose avec franchise dans son registre, la littérature pour ados, par exemple aux côtés de Hunger Games. Sur ce plan, elle tranche avec une certaine tradition danoise. Qu’elles soient policières, politiques ou de société, les séries de la chaîne publique DR ou de sa concurrente privée TV2, qui s’est lancée sur le créneau de la fiction maison il y a quelques années, visent plutôt un public adulte – ou au plus large, familial.

La cible de The Rain est évidente dès les premières images. Et Jannik Tai Mosholt ne s’en cache pas, même s’il dément toute idée cachée de vouloir plaire au commanditaire américain avec des ados: «Nous n’avions aucune stratégie. Cela fait des années que nous voulions raconter cette histoire. Une série sur des jeunes qui ne savent pas qui ils sont, et qui se retrouvent dans un monde où la civilisation a disparu, où elle ne leur renvoie aucun miroir. Ils doivent alors s’imposer par eux-mêmes, par leurs choix.»

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«Sa Majesté des mouches» comme inspiration

Autre créateur, Esben Toft Jacobsen précise: «Nous avons pensé à Sa Majesté des mouches… Nous cherchons à voir ce que les personnages cherchent à devenir. Ce qu’ils choisissent de faire pour atteindre un idéal, déterminer s’ils seront de bons ou de mauvais êtres humains. Il me semble que se demander ce que l’humanité veut devenir a son importance dans l’époque que nous vivons.»

Les compères signalent des influences plus modernes. Jannik Tai Mosholt simplifie: «Nous sommes dans le genre post-apocalyptique, et chacun sait que c’est un bac à sable. Il est difficile de ne pas refaire certaines choses. Nous avons été influencés par La route ou The Walking Dead, c’est presque évident. En raison de nos sensibilités, nous nous intéressons davantage à l’aspect social de l’histoire, à la survie du groupe comme groupe avec ses enjeux. La question de savoir si nous avons besoin du groupe ou pas… vous devinez notre réponse.»

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Le vertige d’une sortie planétaire

Et cette réponse, avec leur histoire de deux ados, les trois auteurs vont l’adresser au monde entier dès ce vendredi. Magie globale de Netflix, et angoisse face à un lancement aussi massif? «Nous essayons de ne pas trop y penser, mais oui, c’est effrayant, dit Jannik Tai Mosholt. Pendant l’ensemble de la production, nous essayons de rester concentrés sur notre histoire et sa particularité. Et puis, nous assumons le fait que nous n’écrivons pas seulement pour notre papa et notre maman. Mais à l’approche de la sortie mondiale, on s’inquiète…» Peut-être, vendredi, ne pleuvra-t-il nulle part.

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