Mâchoires! (4/8)

Les premières copies des «Dents de la mer», un âge d'or du cinéma bis

Le film de Steven Spielberg a eu quelques antécédents, et surtout des copies. Pas si nombreuses, mais colorées, et ensoleillées

Le roman «Les Dents de la mer» («Jaws»), qui a inspiré le film que l’on sait, a été publié il y a 45 ans. Depuis, plus de 120 films ont joué sur la terreur des squales. Cet été, «Le Temps» plonge sous l’eau, vers ces gueules menaçantes.

 

Le requin a existé sur grand écran avant Les Dents de la mer. Entre autres évasions, citons un film méconnu de Samuel Fuller – qui le renia –, Shark!, intrigues en mer Rouge où des lingots dorment dans des fonds hantés par les requins. Burt Reynolds y faisait le brigand au long chemin et grand cœur. Le film devait s’appeler Caine, nom du personnage, mais les producteurs ont imposé Shark! après un accident de tournage, médiatisé, qui a coûté la vie à un plongeur. Pour jouer à plein dans le cynisme, un avis au début rend hommage aux cascadeurs tombés pour les films…

Longtemps, le requin n’a représenté qu’un élément de menace du décor, dépaysant. Les Dents de la mer compose une pureté dans la cruauté marine: seuls comptent le monstre et ses victimes.

Les premiers ersatz des années 1970-1980

Contrairement à une idée répandue, il n’y a pas eu, d’abord, une flambée de copies du film original. La tempête de requins vient bien plus tard, dès 2000. Dans les années 1970-1980, on relève certes de nombreux ersatz, mais l’effectif reste modeste face aux productions dans les genres populaires du moment, le western ou le thriller sadique (giallo, en Italie).

Passons sur le cas spécial d’Orca, film sur la vengeance d’une orque qui profite sans doute de l’effet requins, mais qui a davantage à voir avec Moby Dick, dont il est un décalque inverse, qu’avec le roman de Peter Benchley.

Une histoire d’ours

La première copie directe des Dents de la mer a lieu… dans les Rocheuses. En 1976, Grizzly applique la recette du film de requins en forêt, avec des campeuses distraites à la place des baigneuses. Le réalisateur William Girdler n’ose toutefois pas refaire le coup de la scène d’ouverture traumatique, et le film piétine, comme sa grande méchante peluche.

La même année, le roi du film fauché William Grefé propose Mako (Les Mâchoires de la mort), où il est surtout question de venger les requins maltraités. Les quelques attaques du début ne servent que d’appâts.

Une année plus tard apparaît une inspiration plus directe, Tintorera, dû au maître du bis mexicain René Cardona Jr. Dans un complexe touristique de Cancún sévissent les gigolos, les mâles bien lourds et les requins. Loin de la censure américaine, le film peut dévoiler quelques corps, mais si on peut lui trouver quelque atout, c’est dans ses marivaudages qui débouchent sur un trio amoureux assez frais.

Les Italiens entrent dans la danse, et y resteront, avec Tentacoli, l’une de ces étonnantes productions de l’époque, avec à l’affiche John Huston, Shelley Winters et Henry Fonda. Il est donc question d’un calamar agressif, libéré par un chantier. On note une sympathique musique de Stelvio Cipriani.

Une longue bande-annonce fabriquée après-coup

Les sommets du bis

En 1981, La Mort au large (L’Ultimo Squalo) représente le type même de la copie, au point qu’Universal attaquera le film, avec succès. Enzo G. Castellari y pompe tout, puisant surtout dans Les Dents de la mer 2, et faisant preuve d'une certaine cruauté dans sa manière de croquer ses victimes.

Peu après, Lamberto Bava prend un pseudonyme pour signer Le Monstre de l’océan rouge (ou Shark, le monstre de l’apocalypse), où la créature – que Bava n’aimait pas – a été conçue en mettant dans son code génétique «l’agressivité du requin blanc, la force d’une pieuvre géante, l’intelligence d’un dauphin et la monstruosité d’un poisson datant de la préhistoire».

La fin de la décennie est jalonnée par une intrigue de brigands et de requins, La Notte degli Squali, et surtout, par Deep Blood (Sangue Negli Abissi), de Joe D’Amato, combat de quatre jeunes hommes contre un grand blanc. Le film brûle des derniers feux du bis italien. Bientôt, les nouveaux requins vont pleuvoir, des Etats-Unis.

Explorez le contenu du dossier

Publicité