A Lausanne, Igor (Alexandre Jollien) livre des paniers bios et Louis (Bernard Campan) accompagne les défunts. Un jour, le corbillard du second percute le tricycle du premier et l’envoie bouler dans le talus. Plus de peur que de mal. Louis conduit sa victime aux urgences et retourne à sa routine solennelle. Or Igor vient le relancer dans son entreprise de pompes funèbres, un ananas à la main en gage d’amitié. Louis la trouve saumâtre quand le lendemain, alors qu’il convoie un corps dans le sud de la France, il débusque l’hurluberlu planqué dans son coffre où il mène «une expérience métaphysique»…

Depuis Laurel et Hardy, l’union des contraires, le patapouf et le maigrichon, le fort et le faible, le doux et le sévère, garantit la dynamique de maintes comédies. En confrontant à un entrepreneur soucieux un Candide féru de philosophie et atteint d’un handicap moteur cérébral, Presque reconduit la formule avec une plus-value humaniste liée à la personnalité de ses auteurs et interprètes.

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Au sein des Inconnus, Bernard Campan a fait se gondoler les années 1990, avant de se diriger vers des rôles plus graves (Se souvenir des belles choses), puis de passer derrière la caméra (La Face cachée). Il y a vingt ans, il s’est lié d’amitié avec l’écrivain et philosophe Alexandre Jollien (La Sagesse espiègle, Vivre sans pourquoi). Ils ont uni leurs compétences pour cette joyeuse fable aux vertus consolatrices.

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De guerre lasse, Louis embarque le passager clandestin. Il embarque aussi Epicure, Nietzsche et les autres. Le convoi mortuaire tourne au voyage initiatique. Le regard de Louis évolue en observant le regard gêné, apitoyé ou infantilisant qu’un serveur de restoroute ou un employé d’hôtel posent sur son compagnon. L’humour et la mort font la paire («C’est mon premier voyage en corbillard – Mais pas le dernier…»).

Igor découvre les plaisirs de la chair. Il participe à un enterrement de vie de jeune fille avant le vrai enterrement où il improvise une homélie bouleversante: les deux dates qui figurent sur les pierres tombales sont deux «gares où il y a de la joie» et le tiret qui les sépare est le train qui les relie. Au bout de la route, fuyant les fâcheux, appliquant le principe selon lequel «quand je suis là, la mort n’est pas là et quand la mort est là, je ne suis pas là», les deux amis partent se baigner dans l’insouciance épicurienne.

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Presque, de et avec Bernard Campan et Alexandre Jollien (France, Suisse, 2022), avec Marilyne Canto, La Castou, 1h31. En salle le 19 janvier. Séances spéciales dans le cadre des Journées de Soleure, samedi 22 (Reithalle, 21h) et mercredi 25 (Konzertsaal, 14h).