Cinéma

«La Preuve scientifique de l’existence de Dieu», c’est leur lutte finale

Le Genevois Fred Baillif entremêle fiction et réalité dans un film enlevé voyant d’anciens activistes soixante-huitards militer contre l’exportation du matériel de guerre

Comme point de départ au film, une aventure collective. Celle d’un groupe d’amis et activistes qui, dans la foulée de Mai 68 et de la publication l’année suivante en Suisse d’un Petit livre rouge de la défense civile, décidèrent de défendre la mise en place d’un service civil. Réunissant des femmes à une époque où le suffrage féminin n’était pas acquis, ce Mouvement pour un service civil à la communauté́ (MSCC) sera le premier, bien avant le GSsA (Groupe pour une Suisse sans armée), à remettre en cause les fondements du service militaire obligatoire. Symboliquement, ses membres décidèrent d’objecter collectivement.

Près de cinquante ans plus tard, que sont devenus ces adeptes d’un flower power militant plutôt que fleur bleue? Le réalisateur genevois Fred Baillif répond à cette question avec La Preuve scientifique de l’existence de Dieu, un film enlevé, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Au côté de quelques acteurs professionnels, comme Jean-Luc Bideau et Irène Jacob dans des rôles prétextes avant tout destinés à donner de l’épaisseur au récit, quelques anciennes figures du MSCC reprennent leur bâton de pèlerin pour se battre contre l’exportation de matériel de guerre.

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Devant l’objectif de Fred Baillif, aussi à l’aise dans le documentaire à la première personne (La Vie en deux, 2009) que dans la fiction inspirée par le réel (Tapis rouge, 2015), Alain, Jean, Michel et les autres se disputent comme à la belle époque autour de la notion de militantisme et des actions à mener. Certains sont toujours en colère, plus remontés que jamais contre «une morale chrétienne de merde», tandis que d’autres revendiquent un soft power basé sur le dialogue. Se dégagent alors du film une douce folie et un petit côté anarchiste qui, au-delà de ce qu’il raconte, fait du bien dans un cinéma romand souvent assez sage, et peu enclin à faire exploser les formes.


«La Preuve scientifique de l’existence de Dieu», de Fred Baillif (Suisse, 2019), avec Jean-Luc Bideau, Irène Jacob, Alain Simonin, Jean Larvego, Nadia Braendle, Michel Sermet, 1h25.

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