Une orgie de cuivres: saxophone baryton, flûte traversière, des trompettes à ne plus savoir qu’en faire, au total 11 souffleurs qui n’économisent pas leurs poumons. Prince débarque en force, samedi au Montreux Jazz Festival. Un vieux monsieur dans l’assistance prétend que sa coupe afro ressemble à celle de Nina Simone. Le chanteur a de grosses lunettes qu’il enlève parfois pour faire de l’œil à 4000 personnes qui n’attendent que cela.

Ce n’est pas tout: des choristes, des guitaristes femmes et une batteuse blonde comme on en aperçoit parfois sur les plages de Malibu. Sauf que celle-là est un bûcheron énorme qui dévisse le plancher. Chacun attend beaucoup de ce premier des trois concerts montreusiens. Prince le sait. Il pointe le doigt au ciel, désigne Claude Nobs suspendu sur un cumulus gorgé de chasselas.

La funkerie impeccable

Il n’y a pas seulement l’armada. Mais le répertoire, presque dépourvu de tubes, qui lorgne sans cesse du côté de James Brown, de Curtis Mayfield, de Larry Graham. La funkerie impeccable, des danses de Saint-Guy, le carnaval louisianais à son apogée. Prince a glissé dans ses arrangements au cordeau mille références à Duke Ellington, à Count Basie. Il chante dans un mégaphone, comme on le fait dans le Vieux-Carré.

Un demi-siècle d’histoire musicale afro-américaine. Souvent, Prince au teint pâle joue les blackface, les troubadours et les mimes. Il tombe à terre. On l’aère avec des serviettes. Des saynètes de cirque et de bouge et, parfois au milieu de l’ouragan soul, une sorte de répit impalpable. Prince chante le blues. D’un falsetto à faire frémir les zombies. Prince est grand ce soir-là, parce qu’il a compris que la musique est affaire de musiciens.

Juste ce déhanché...

Il s’invente maître de cérémonies, presque discret par moments. Il ne touche ni à la guitare, ni au piano. Juste ce déhanché qu’il a repris d’autres auxquels il rend hommage. Juste ce timbre que trois décennies de chant n’épuisent pas. Sans la supercherie de la jam payante à deux heures du matin (100 francs tout de même) où il ne fait qu’apparaître au concert de son mentor Larry Graham, Prince serait roi.