Il était une fois, dans les landes de la sombre et plaisante Ecosse, une princesse à la chevelure de feu: Merida, une vraie sauvageonne. Elle passait ses journées à cheval en décochant des flèches à tire-larigot. Mais le temps de l’insouciance est compté. Un jour sa mère, la reine Elinor, l’informa qu’elle devait, selon la tradition, épouser un chef de clan. Elle avait le choix entre un fort-à-bras, un colosse et un freluquet pas fute-fute.

Merida se rebelle et s’enfuit. Les feux follets la guident vers la cabane de la sorcière qui lui vend un philtre susceptible de changer sa mère. Le produit est de qualité: la reine Elinor se transforme en ours… A l’aube du troisième jour, le charme sera définitif.

Pour Pixar, Rebelle est le film des premières fois: première héroïne féminine, premier film d’époque, premier conte de fées. Totale réussite pour le premier long métrage du storyboardeur Mark Andrews, assisté de Brenda Chapman (Le Prince d’Egypte) et du scénariste Steve Purcell. Le studio auquel on doit le renouveau de l’animation (Toy Story, Le Monde de Nemo, Wall-E, Là-haut…) reconduit ce qui assure sa précellence: originalité du scénario, intelligence de la mise en scène et génie graphique. L’équipe s’est déplacée en Ecosse pour saisir l’esprit des lieux, absorber la culture, la flore, la faune… Certains dessinateurs qui n’avaient jamais mis le nez hors de Californie ont découvert qu’en matière d’architecture médiévale il existait d’autres réalisations que le château de la Belle au bois dormant, joyau de Disneyland.

Rebelle distance aisément le clinquant Cars 2 de 2011. Il se distingue aussi des concurrents saisonniers, Age de Glace 4 ou Madagascar 3, en refusant la surenchère du montage épileptique et la démagogie du clin d’œil référentiel – hormis l’hilarante combox de la sorcière fonctionnant à la bave de crapaud. Rebelle vise un registre plus calme, plus réaliste, ce qui n’empêche pas les embardées délirantes, et réussit un parfait dosage d’humour, d’action et d’émotion.

Les personnages sont tous extrêmement bien dessinés, qui de Merida, adolescente hyperactive levant les yeux au ciel lorsqu’on lui fait une remarque, d’Elinor, laquelle a des principes et veut que tout soit irréprochable, ou du roi Fergus, piquant du nez lorsque son épouse fait la morale. Esthétiquement splendide – ô sous-bois enchanteurs dont la profondeur doit moins à la 3D qu’à l’art du clair-obscur –, le film exploite toutes les possibilités qu’offre l’animation, jusqu’à l’absurde délectable: pour semer la panique, les frères de Merida, trois diablotins poil-de-carotte, font croire qu’un ours s’est introduit dans le château en projetant sur les murs l’ombre d’un… poulet!

Rebelle renoue avec le folklore en distribuant dans le rôle du méchant un animal beaucoup plus original qu’un dragon ou le monstre du Loch-Ness: l’ours, dangereux plantigrade qui hantait les forêts et l’imaginaire médiéval. Avec sa bosse hérissée de javelots brisés, le vieux mâle invincible se pose en avatar sylvestre de Moby Dick.

Toujours grincheux, Les Cahiers du Cinéma dénoncent la normalisation de Pixar, en train de s’engluer dans la guimauve de Disney, la maison mère. Faut-il avoir du haggis dans les yeux! Depuis que le vieux géant du divertissement a absorbé le jeune studio, c’est le contraire qui se passe. La réponse est déjà dans Raiponce (2010), dessin animé dynamique et zinzin.

N’en déplaise aux garants de la plus haute cinéphilie, Merida n’est pas de la famille de Blanche-Neige, Cendrillon ou la Belle au bois dormant, ces oies blanches pour qui le mariage constitue le plus parfait accomplissement de la jeune fille. Il n’y a pas de Prince charmant au bout de Rebelle, juste une jeune femme qui s’est prise en main, a mûri, a conquis le droit de décider de sa vie. Elle a accompli un cheminement moral, cessé de rejeter la faute sur les autres pour assumer ses torts, les réparer, et renouer un dialogue avec sa mère.

Une dimension sexuelle sous-tend ce film initiatique. Merida est la fille qui a vu l’ours – désignation familière des règles. Changée en animal sauvage, Elinor doit lutter contre la bestialité qui l’envahit et la rend dangereuse pour les siens. L’air de rien, Rebelle renoue avec la psychanalyse des contes de fées défrichée par Bruno Bettelheim.

VVV Rebelle (Brave), de Mark Andrews, Brenda Chapman et Steve Purcell (Etats-Unis, 2012), 1h33.

«Rebelle» renoue avec la psychanalyse des contes de fées défrichée par Bruno Bettelheim