Le poche de la semaine

«Printemps barbare», d’Hector Tobar

Un roman sur l’envers de la cité des anges, où les immigrés ne ramassent que les miettes de l’american dream

Le poche de la semaine

«Scott Torres était énervé parce que la tondeuse à gazon ne voulait pas démarrer»

Genre: ROMAN
Qui ? Hector Tobar
Titre: Printemps barbare
Trad. de l’américain par Pierre Furlan
Chez qui ? 10-18, 670 p.

Né en 1963, fils d’immigrés guatémaltèques, Hector Tobar a reçu en 1992 le Prix Pulitzer pour ses enquêtes sur les émeutes de Los Angeles, la ville où il est journaliste.

Dans Printemps barbare, il fait preuve de la même méticulosité pour raconter les mésaventures d’une jeune Mexicaine employée par des bobos californiens, Araceli. Chez les Torres-Thompson, elle est la bonne à tout faire, celle qui s’occupe des enfants et du ménage dans leur luxueuse maison dominant l’océan, au cœur d’un des quartiers les plus friqués du comté d’Orange.

Maureen, sa patronne, ne cesse de se lamenter du mauvais état de leur jardin tropical depuis que leur jardinier a été congédié. Quant à son époux, Scott, programmateur en informatique, c’est un grand enfant passablement immature.

De ce couple grisé par les vanités de l’upper class, Tobar brosse un portrait à la Jay McInerney. Leurs disputes sont fréquentes mais l’une d’entre elles va dégénérer à cause du jardin, justement. Maureen fichera le camp avec son bébé de quinze mois et Scott fera lui aussi ses valises. En laissant Araceli se débrouiller seule, avec leurs deux jeunes garçons sur les bras, Keenan, 8 ans, et Brandon, 11 ans. Désemparée, la Mexicaine décidera alors de les conduire à Los Angeles chez leur grand-père, dont elle n’a trouvé qu’une vague adresse au dos d’une photo. Drôle de trio lâché au cœur de cette ville trop vaste, qui deviendra une jungle comme dans un scénario de Tom Wolf…

Résultat: une sacrée galère pour la malheureuse Araceli, bientôt accusée de kidnapping. Dans ce récit aux allures de polar, Tobar dépeint remarquablement l’envers de la cité des anges, où les immigrés ne ramassent que les miettes de l’american dream. Avant qu’il ne se transforme en cauchemar.

Publicité