Certes, en ce 1er mars, une belle couche de neige recouvre Fribourg. Mais on sent les crocus prêts à pointer leurs corolles chatoyantes, aussi sûrement que des points jaune jonquille viennent consteller la carte du monde au fur et à mesure que Thierry Jobin dévoile le programme de son festival. Chacune de ces 113 pastilles représente un des films montrés au FIFF – dont 74 en première mondiale, internationale ou suisse. Elles couvrent l’ensemble du planisphère, et plus particulièrement l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud – le Brésil est champion avec 22 œuvres!

Le Festival international de films de Fribourg ressemble à son directeur: il est cinéphile, curieux, passionné, empathique et rétif à toute hiérarchie des genres. Un assaut de zombies canadiens (The Ravenous) projeté à minuit peut côtoyer un film poétique, comme le féerique Unicorn brésilien (en Compétition). Des classiques du 7e art, tels Citizen Kane, L’Empire des sens ou Lawrence d’Arabie, avoisinent des raretés comme Green Days by the River, un film venu pour la première fois de Trinidad et Tobago.

La visite de Ken Loach

Le Nouveau Territoire qu’investit cette année le FIFF est la Mongolie, vaste étendue de steppes écrasée entre la Russie et la Chine. Ce pays à la plus faible densité de population au monde réussit à produire avec de maigres budgets des westerns «dont Hollywood peut envier la qualité et le souffle». Grande figure suisse du cinéma mondial, Beki Probst consacre Diaspora aux films qui racontent sa Turquie natale – Yol, Honey, Winter Sleep… Quant à la Carte blanche, elle est décernée à Ken Loach. La référence absolue en matière de cinéma social propose quelques films clés du néoréalisme et du nouveau cinéma des années 1960; il donnera une master class à Fribourg.

Globe-trotter inépuisable, le FIFF n’oublie pas de soigner ses racines, dût-il imaginer des dispositifs résolument tournés vers la jeunesse: il y a deux siècles, des familles fribourgeoises fondaient Nova Friburgo au Brésil. En octobre dernier, une dizaine d’étudiants de l’ECAL sont partis voir à quoi ressemblait cette ville de 200 000 habitants; et ces prochains jours, autant de cinéastes brésiliens viennent tourner à Fribourg. Leurs courts-métrages seront montrés au festival.

«Histoires vraies»

Nombre de films se basent sur «une histoire vraie». Non seulement les œuvres présentées dans la section Cinéma de genre, consacrée cette année au biopic, mais aussi en Nouveaux Territoires avec Ten Soldiers of Gengis Khan ou en Clôture avec Sergio & Sergei, un film cubain qui se souvient que lorsque l’URSS a implosé, elle a oublié un cosmonaute en orbite. Il a fallu l’intervention d’un cibiste de La Havane pour que ce Robinson des étoiles fût rapatrié. Selon Thierry Jobin, «le label «d’après une histoire vraie» est un bon argument de vente: il oblige le spectateur à se questionner sur sa propre existence».

Par ailleurs, «il est sans doute plus facile de faire un film basé sur une vie réelle que sur un travail d’imagination». Et les vies réelles sont tellement inventives! Le directeur artistique du FIFF mentionne Filmworker, dédié à Leon Vitali: après avoir tenu le rôle de Lord Bullingdon dans Barry Lyndon, ce jeune comédien promis à un grand avenir a renoncé à l’art dramatique pour devenir l’assistant de Stanley Kubrick dont il est aujourd’hui l’un des meilleurs connaisseurs. Ou Mansfield 66-67 qui emprunte des éléments narratifs à la comédie musicale pour rappeler qu’à la fin de sa vie, Jayne Mansfield, la concurrente de Marilyn Monroe, était devenue prêtresse satanique.

Le FIFF se déroule du 16 au 24 mars. Il a été décidé que le festival fribourgeois, dont les dates valsaient d’une année à l’autre, aurait toujours lieu autour du 21 mars, jour de la naissance du printemps, symbole mérité pour un festival de découvertes. Flambez crocus!


FIFF. Fribourg. Du 16 au 24 mars.www.fiff.ch