«Il y a trop de questions pour moi. J’ai du mal à prendre une décision. Je ne suis que doute», regrette une voix féminine, jeune et sous tension. «Mais c’est super! Les gens qui ne doutent pas, c’est l’ennui!» lui répond, enthousiaste, une voix amie. Cet échange sur l’art de se lancer, vous le trouverez dans In vino veritas, l’un des huit podcasts passionnants que le Théâtre Forum Meyrin (TFM), associé à Radio Vostok, met en ligne dès lundi prochain, 22 février.

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Le cadre? Radio Bascule, une plateforme pour une vaste opération de parole publique dont l’idée a germé au printemps dernier, lorsque le premier confinement renvoyait tout le monde à la maison. En plus de l’appel à projets qui a suscité trente vocations, les deux organisateurs proposent, depuis cet automne, des ateliers de podcasts destinés aux adultes et aux enfants. Et ouvrent leur plateforme à des créations sonores spontanées. A l’image de ce nouveau support qui, en toute légèreté, crée des traces et du lien, le Théâtre Forum Meyrin continue à «rêver et à respirer» avec ses abonnés.

Interroger le changement

«Il fallait réagir!» Anne Brüschweiler, timonière du Forum Meyrin depuis 2010, n’est pas du genre à se morfondre en solitaire. Face au lockdown généralisé du printemps dernier et donc à la fermeture de son théâtre, la directrice a approché Charles Menger, coordinateur d’antenne à Radio Vostok, pour réfléchir ensemble à un moyen de «faire forum, alors que les occasions de se retrouver et de partager étaient réduites à rien».

«Nous avions aussi envie d’interroger ce moment de bascule entre l’ancien et le nouveau monde, toute cette série de bouleversements climatiques, économiques, sanitaires et sociaux que nous traversons. Et puis, nous souhaitions maintenir une énergie créative et positive parmi les artistes.»

De la vieillesse aux soirées arrosées

Le pari est réussi. Que l’on écoute Entrelacs, jardin extraordinaire de Lucie Eidenbenz, Vieille Peau, enquête de Charlotte Dumartheray sur la vieillesse – «une affaire de mélancolie», selon l'écrivain Pascal Rebetez, ou encore In vino veritas, captations d’amis en soirée et en état d’ivresse, de Térence Carron et Hugo Henner, on est chaque fois happé par l’énergie et la justesse de ces aventures particulières. Le son, plus que l’image, a cette vertu d’aller profond dans la sensation et l’imaginaire.

Parmi les huit projets retenus par le jury, on trouve aussi Gnocchis, un cours de cuisine donné à Cap Loisirs à des personnes handicapées; Le Micro dans le cambouis, présentation de l’Affaire Tournerêve, qui gère la filière allant du blé au pain. Ou encore Street Radio, un document qui vagabonde entre les étals d’un marché et capte les conversations coutumières. Certains podcasts sont des épisodes uniques, d’autres se déclinent en plusieurs volets. Tous livrent de jolies plongées en humanité.

Véritable bibliothèque sonore

Mais ce n’est qu’un début. Car Radio Bascule, destinée à devenir une bibliothèque sonore à large spectre, va s’enrichir des résultats des ateliers de podcasts proposés aux enfants depuis cet automne, d’une série qui démarre bientôt sur la vie du Forum Meyrin – focus sur les résidences, les artistes associés, le rôle des publics, etc. – et des podcasts produits par d’autres institutions culturelles. «Sans oublier toutes les créations sonores spontanées que le public va envoyer», se réjouit Anne Brüschweiler. La directrice n’a jamais tout à fait oublié ses années de journaliste à la télévision romande. C’est tant mieux pour le lien humain.