Cinéma

Le Prix du cinéma suisse commence aux Journées de Soleure

Trois films arrivent en tête de la traditionnelle Nuit des nominations: «Der Unschuldige», «Wolkenbruch» et «Ceux qui travaillent». Les Alémaniques dominent, mais les Romands résistent vaillamment

Naguère, la remise des prix du cinéma suisse avait lieu à Soleure, au cœur de l’hiver, et non sans un certain panache. Et puis la cérémonie a été renvoyée au printemps, à Lucerne, puis à Zurich et Genève en alternance, tandis que s’instituait à Soleure la nouvelle tradition de la Nuit des nominations, une première marche vers la gloire au cours de laquelle l’Académie du cinéma suisse désigne en 12 catégories les représentants de la branche les plus dignes d’aspirer deux mois plus tard au Quartz.

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La cérémonie a perdu en densité. Elle s’est déplacée de l’espace convivial de la Konzertsaal aux gradins du Landhaus. Comme tous les rituels d’autocongratulation mis sur pied par le 7e art, elle hésite entre sacralisation et dérision.

En ce 30 janvier humide et glacial, dans une salle où le présentateur se la joue accablé par tout ce glamour obligé sans soulever des rugissements de rire et où l’excitation palpable des jeunes participants compense les sièges vides, trois films se taillent la part du lion Hésitant comme entre sacralisation et dérision, le rituel a perdu en densité et en convivialité depuis qu’il a emménagé dans la salle en gradins du Landhaus. En ce 30 janvier humide et glacial, le présentateur se la joue accablé par tout ce glamour obligé sans soulever des rugissements de rire, mais l’excitation palpable des jeunes participants compense les sièges vides.

Cette année, trois films se taillent la part du lion avec plusieurs nominations. Cinq pour Wolkenbruch (film de fiction, scénario, interprétation masculine pour Joel Basman, interprétation dans un second rôle pour Sunnyi Melles et Noémie Schmidt). Quatre pour Der Unschuldige (film de fiction, scénario, interprétation féminine pour Judith Hofmann, photographie), et Ceux qui travaillent (film de fiction, scénario, interprétation dans un second rôle pour Pauline Schneider, photographie).

Le premier des trois champions 2019, second long métrage de Simon Jaquemet après l’impressionnant Chrieg, évoque une chercheuse en neurosciences dont la réalité se défait lorsqu’un ancien amant lui revient après vingt ans de prison. Michael Steiner, le golden Bub de la cinématographie helvétique (Mein Name ist Eugen, Grounding, Sennentutschi), revient au top du box-office avec Wolkenbruch, une comédie racontant comment un grand garçon s’émancipe de sa mère juive. Enfin, Antoine Russbach signe un coup de maître avec son premier long métrage, l’âpre Ceux qui travaillent centré sur l’angoisse d’un chômeur et les compromissions qu’il doit accepter pour revenir sur le marché de l’emploi.

Une nouvelle fois, les Alémaniques dominent largement le palmarès. Germinal Roaux est toutefois sélectionné avec Fortuna, ce poème en noir et blanc dédié à une petite réfugiée éthiopienne, paumée dans la blancheur de l’hiver.

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Poids lourds

Du côté du documentaire, impossible d’ignorer les films magistraux de deux vétérans, Eldorado, de Markus Imhoof, sur les chemins de l’émigration, et Genesis 2.0, de Christian Frei, sur les dérives de la génétique. Derrière ces poids lourds se lèvent des femmes, Anja Kofmel avec Chris the Swiss, cette œuvre mêlant animation et reportage pour faire revivre un cousin mort pendant la guerre en Yougoslavie, Barbara Miller avec #Female Pleasure, un plaidoyer pour la libération sexuelle féminine, et le tandem Stéphanie Chuat, Véronique Reymond avec Les Dames, qui cerne la solitude au féminin.

Un dernier créateur romand tire son épingle dans la catégorie «Meilleur montage». Il habite Rolle, il a 88 ans et il s’appelle Jean-Luc Godard. Cela ressemble à un gag, c’est pourtant une évidence: pur film de montage et pur chef-d’œuvre, Le livre d’image, qui a déjà valu à son auteur une Palme d’or spéciale au dernier Festival de Cannes, ne pouvait pas ne pas figurer au fronton de la Nuit des nominations.

Tout ce beau monde se retrouve le 22 mars à Genève, au Bâtiment des forces motrices.


Les nominations au Prix du cinéma suisse 2019:

Meilleur film de fiction

  • CEUX QUI TRAVAILLENT d’Antoine Russbach
  • DER LÄUFER de Hannes Baumgartner
  • DER UNSCHULDIGE de Simon Jaquemet
  • FORTUNA de Germinal Roaux
  • WOLKENBRUCH de Michael Steiner

Meilleur documentaire

  • CHRIS THE SWISS de Anja Kofmel
  • ELDORADO de Markus Imhoof
  • #FEMALE PLEASURE de Barbara Miller
  • GENESIS 2.0 de Christian Frei, Maxim Arbugaev
  • LES DAMES de Stéphanie Chuat, Véronique Reymond

Meilleur court métrage

  • ALL INCLUSIVE de Corina Schwingruber Ilic
  • BACHA POSH de Katia Scarton-Kim
  • BONOBO de Zoel Aeschbacher
  • SCHÄCHER de Flurin Giger
  • VALET NOIR de Lora Mure-Ravaud

Meilleur film d’animation

  • COYOTE de Lorenz Wunderle
  • SELFIES de Claudius Gentinetta
  • THE FLOOD IS COMING de Gabriel Böhmer

Meilleur scénario

  • CEUX QUI TRAVAILLENT – Antoine Russbach
  • DER UNSCHULDIGE – Simon Jaquemet
  • WOLKENBRUCH – Thomas Meyer

Meilleure interprétation féminine

  • Julia Föry (Léa Pearl) dans PEARL
  • Judith Hofmann (Ruth) dans DER UNSCHULDIGE
  • Sarah Sophia Meyer (Anna) dans ZWINGLI

Meilleure interprétation masculine

  • Joel Basman (Motti) dans WOLKENBRUCH
  • Max Hubacher (Jonas) dans DER LÄUFER
  • Max Simonischek (Zwingli) dans ZWINGLI

Meilleure interprétation dans un second rôle

  • Sunnyi Melles (Frau Silberzweig) dans WOLKENBRUCH
  • Noémie Schmidt (Laura) dans WOLKENBRUCH
  • Pauline Schneider (Hilde) dans CEUX QUI TRAVAILLENT

Meilleure musique de film

  • CHRIS THE SWISS – Marcel Vaid
  • ELDORADO – Peter Scherer
  • #FEMALE PLEASURE – Peter Scherer

Meilleure photographie

  • CEUX QUI TRAVAILLENT – Denis Jutzeler
  • DER UNSCHULDIGE – Gabriel Sandru
  • ELDORADO – Peter Indergand

Meilleur montage

  • CHRIS THE SWISS – Stefan Kälin
  • #FEMALE PLEASURE – Isabel Meier
  • LE LIVRE D’IMAGE – Jean-Luc Godard

Meilleur film de diplôme

  • FAST ALLES de Lisa Gertsch (Zürcher Hochschule der Künste ZHdK)
  • HAMAMA & CALUNA d’Andreas Muggli (HSLU Studienbereich Video)
  • LES HEURES-ENCRE de Wendy Pillonel (Zürcher Hochschule der Künste ZHdK)
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