Surprise. Le jury du Prix du cinéma suisse, présidé par Daniel Schmid et composé de sept personnalités, a étonné la profession réunie mercredi à Soleure en honorant le premier long métrage d'un réalisateur genevois de 34 ans, Vincent Pluss (lire également en page 2). On dirait le Sud, variation sur le thème d'un père qui veut reconquérir sa famille, est passé devant quelques relatifs poids lourds tels que Les petites Couleurs, de Patricia Plattner ou Ersntfall in Havanna, de Sabine Boss. Ironie de l'histoire, cette autocélébration de la branche qu'est la remise du Prix consacre donc un film tourné en DV sur la base de l'expérience «2.61» – des moyens métrages tournés au plus vite pour doper les CV de jeunes cinéastes qui, regroupés sous la bannière Doegmeli, contestaient les instances de subventionnement.

«Laudatio» en romanche

Emu, Vincent Pluss y a d'ailleurs fait allusion en lançant à une assemblée généreuse en applaudissements: «C'est très fou… J'avais proposé une expérience extrême à quelques personnes, mais je n'aurais jamais imaginé que cela irait jusque-là.» Pour comprendre les motifs du jury, il a fallu attendre le dossier de presse car Daniel Schmid, Grison militant et en pleine forme, a adressé sa laudatio en romanche devant un auditoire qui n'y comprenait rien. Le jury, donc, salue une œuvre «aux acteurs brillamment dirigés» qui «réussit à proposer des solutions nouvelles à des problèmes apparemment insolubles». Les autres prix vont à Erich Langjahr pour le meilleur documentaire (Transhumance vers le troisième millénaire) et Pierre Monnard pour le court métrage (Swapped). Le Prix d'interprétation féminine va à la jeune Mona Fueter (Füür oder Flamme) tandis que son pendant masculin consacre le très populaire comédien alémanique Mathias Gnädinger (dans Big Deal).

La cérémonie, présentée par les animateurs Florence Heiniger et Max Rüdlinger, était retransmise pour la première fois sur les TV publiques, en différé. Doté d'enveloppes de 15 000 à 50 000 francs, ce Prix tente vaille que vaille de susciter une sorte de vedettariat national. Une ambition problématique par nature en Suisse, où les films passent mal les frontières linguistiques et sont aussi mal distribués que peu vus

.Cette sixième édition accueillait le président de la Confédération Pascal Couchepin en guest star, dans le rôle très attendu de nouveau ministre de la Culture. L'intéressé est toutefois resté évasif sur ses intentions en la matière, insistant sur l'importance, pour les films suisses, de rencontrer une audience: «Le succès n'est pas méprisable, c'est souvent une confirmation. Et un bon film n'est pas forcément un film qui a obtenu une aide publique substantielle.» Heureuse coïncidence, On dirait le Sud a précisément été produit en marge des circuits officiels.