La cérémonie de remise du Prix du cinéma suisse ne relève ni de la guignolade ni du règlement de compte comme celle des Césars français. Elle se tient chaque année, tranquille, provinciale, familiale, en alternance à Genève et à Zurich, les deux capitales audiovisuelles du pays. Le coronavirus a bousculé la tradition. Prévue de longue date pour le vendredi 27 mars, la soirée a été renvoyée à des jours qu’on espère plus heureux, en août dans le cadre du Festival du film de Locarno.

Les Quartz helvétiques s’avèrent plus féministes que les Césars français puisque les deux prix principaux vont à des réalisatrices: Delphine Lehericey décroche le prix du meilleur film de fiction pour Le Milieu de l’horizon et celui du meilleur documentaire est attribué à Fanny Bräuning pour Immer und ewig.

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Histoires d’amour

La première, née à Neuchâtel et venue au cinéma en Belgique, s’est fait remarquer avec Puppylove, une fine observation des tumultes de l’adolescence. Avec Le Milieu de l’horizon, elle adapte, en compagnie de la scénariste Joanne Giger (primée elle aussi), un roman du Lausannois Roland Buti qui s’inscrit dans la canicule de 1976. Dans la ferme écrasée de chaleur, Gus, 12 ans, traîne son mal-être entre un père bourru que la sécheresse condamne à la ruine et une mère (Laetitia Casta) qui prend des chemins de traverse sentimentaux. Tragédie paysanne doublée d’un roman d’apprentissage, ce film annonce d’imminentes apocalypses résonnant avec la crise sanitaire que traverse notre planète épuisée.

Avec Immer und ewig, Fanny Bräuning (No More Smoke Signals) consacre un documentaire à ses parents. Niggi et Annette se sont rencontrés à l’école d’art. Il est photographe, elle était peintre. Atteinte d’une maladie dégénérative, elle est paraplégique depuis vingt ans, nécessitant aide et soins 24 heures sur 24. Le couple embarque dans un minibus spécialement aménagé pour une virée dans le sud de l’Europe. La réalisatrice les accompagne, caméra au poing. Elle capte les moments de joie, de tristesse, de découragement. Immer und ewig est une grande histoire d’amour.

Le prix de la meilleure interprétation masculine est décerné à Sven Schelker pour son rôle de Bruno Manser dans 
Bruno Manser – La Voix de la forêt tropicale; celui de la meilleure interprétation féminine à Miriam Stein pour Moskau Einfach!.

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Basil Da Cunha est récompensé dans la catégorie meilleure photographie pour O fim do mundo et Jann Anderegg (Baghdad in my Shadow) reçoit une distinction dans la catégorie meilleur montage.

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La prochaine édition ordinaire du Prix du cinéma suisse aura lieu le vendredi 26 mars 2021 à Genève.