Les artistes contemporains aiment la provocation. Les institutions qui les exposent aussi. A condition que tout cela se passe selon les règles de l'esthétique de bon goût. Tous les excès sont permis si l'on y met les formes. Pas trop de discours politiques, cela pourrait fâcher. Thomas Hirschhorn, lui, ne fait pas dans la dentelle. Il frappe fort. Part en guerre contre la mondialisation à l'aide d'installations en carton, en papier collant d'emballage, et en papier d'aluminium.

A 44 ans, ce Bernois installé à Paris déploie son énergie depuis plusieurs années dans les grandes expositions internationales. En 1999, il avait présenté à la biennale de Venise une gigantesque installation représentant un aéroport, vu comme symbole du pouvoir mondialisé et du conformisme esthétique. En 2000, à la biennale de Lyon, il pourfendait les organisations humanitaires au travers d'un énorme paysage de bataille… de pacotille. Et, pour l'exposition La Beauté d'Avignon, il avait érigé un «Monument à Gilles Deleuze» dans l'un des quartiers les plus difficiles de la Cité des Papes. Le monument fut détruit peu après, mais entretemps, Hirschhorn avait noué des liens d'amitié avec les habitants du quartier et avec les jeunes qui venaient y passer leurs soirées.

L'art de la contradiction

Il vient de recevoir le premier prix Marcel Duchamp, une distinction attribuée par une association qui regroupe en France des collectionneurs privés et des amateurs d'art. A une récompense de 50 000 francs suisses, s'ajoute une exposition au Centre Pompidou.

Thomas Hirschhorn aime la contradiction, on l'aura deviné à son palmarès. Pour fêter son prix, il a conçu une installation qui n'emprunte à Marcel Duchamp que la volonté de faire réfléchir. Chez lui, pas de concessions aux mystères. Pole-Self fait le procès des conditionnements culturels, à commencer par ceux qui servent d'alibi au fonctionnement de l'institution qui l'abrite: livres liés entre eux par des chaînes de polystyrène enveloppées d'aluminium, poubelle géante remplie d'ouvrages savants, punching-ball décorés aux noms des multinationales et des opérateurs Internet, bijoux de bas étage… Le tout, dans un désordre et un manque d'organisation qui provoque le malaise d'une performance théâtrale ratée. Malgré ses succès, Thomas Hirschhorn est irrécupérable.

THOMAS HIRSCHHORN, Pole-Self: Centre Pompidou, 75003 Paris. Jusqu'au 30 avril.