Dix jours après l’attribution du prix Goncourt 2015 à Mathias Enard, un jury composé d’une soixantaine d’étudiants des universités de Neuchâtel, Fribourg et du Tessin s’apprête à révéler demain soir à l’ambassade de France à Berne, le nom de leur lauréat. Ce prix, appelé « Liste Goncourt/ le choix de la Suisse » est parrainé par l’Académie Goncourt à Paris. Si cette expérience helvétique est une première, le prix Goncourt connaît d’ores et déjà plusieurs déclinaisons universitaires à l’étranger.

C’est la Pologne qui a ouvert les feux grâce à l’initiative de l’Institut français de Cracovie en 1998. Depuis, ont vu le jour des «Choix» serbe, roumain, libanais, tunisien, italien. À chaque fois, c’est la sélection d’auteurs établie par l'académie Goncourt qui sert de base aux délibérations des jurés, de Beyrouth à Bucarest.

L’idée d’une version suisse a surgi lors d’un dîner il y a six mois entre Pierre Assouline, de l’Académie Goncourt et Robert Kopp, professeur honoraire de littérature française à l’Université de Fribourg et auteur, notamment, en 2012, de Un siècle de Goncourt (Découvertes Gallimard): «Intéresser les étudiants de façon ludique et active à la littérature d’aujourd’hui est le premier but de ce prix. Je le vois comme une formidable machine à faire lire et à former le jugement.»

Les universités du Tessin, de Fribourg et de Neuchâtel ont  répondu à l’appel et soutiennent financièrement l’achat des livres pour les étudiants, tout comme certaines fondations. Les universités de Genève et de Lausanne n’ont pas souhaité participer. Quel est l’intérêt de prendre comme base les choix de Paris, de reproduire ici, sans discussion critique, le reflet du marché français ? «Je suis persuadé que l’aspect ludique de l’expérience va convaincre les étudiants genevois et lausannois de participer aux prochaines éditions.»

Quand on s’étonne de l’absence quasi-totale d’écrivains suisses dans les sélections du prix Goncourt depuis 1973, année où la distinction est revenue au Vaudois Jacques Chessex, Robert Kopp admet : «Cela est largement dû à une méconnaissance de la littérature qui s’écrit en Suisse. Or, il n’est jamais interdit d’avoir des arrière-pensées ! Ce prix doit permettre aussi de créer des contacts, de faire connaître et reconnaître les auteurs suisses».