Ce mercredi 3 novembre, le plus prestigieux des prix littéraires français était remis, comme le veut la tradition, à l’heure du déjeuner au restaurant Drouant, dans le quartier de l’Opéra, à Paris. Désigné comme favori par les journalistes littéraires qu’avait interrogés la revue Livres Hebdo, Mohamed Mbougar Sarr, 31 ans, a séduit les jurés avec La plus secrète mémoire des hommes (Editions Philippe Rey), un roman qui allie ironie et lyrisme dans une mise en abyme vertigineuse très maîtrisée.

Quatre auteurs étaient finalistes. Outre Mohamed Mbougar Sarr, le Haïtien Louis-Philippe Dalembert, Christine Angot et Sorj Chalandon étaient en lice avec des romans considérés parmi les meilleurs de leurs auteurs respectifs. Mohamed Mbougar Sarr, un des plus jeunes lauréats de l’histoire, a remporté ce graal littéraire au premier tour avec six voix sur dix, a indiqué Henri Decoin, président de l’Académie Goncourt.

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Quand Mohamed Mbougar Sarr a reçu le Prix Kourouma pour son premier roman, Terre ceinte, il incarnait, à 25 ans, «le jeune auteur africain dégoulinant de promesses» dont il s’amuse au début de La plus secrète mémoire des hommes. Tandis qu’il évoquait dans Terre ceinte le djihadisme dans le Sahel, il a traité dans ses deux livres suivants de l’accueil des migrants (Silence du chœur) et de la condition des homosexuels en Afrique de l’Ouest (De purs hommes). Sans réduire ces ouvrages à leur thème, ils présentent tous trois une dimension sociale et politique.

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La plus secrète mémoire des hommes doit son titre à une citation tirée des Détectives sauvages de Roberto Bolaño. «Ce livre s’articule autour de la quête d’un groupe de jeunes romantiques sur les traces d’une poétesse disparue. Je peux dire qu’il m’a affranchi et m’a autorisé à mettre la littérature au centre du roman. L’inventivité de la langue, l’humour, l’ironie de Bolaño m’ont donné le courage de me risquer sur ce territoire», expliquait récemment l’auteur au Temps. Au micro de France Culture, Henri Decoin a expliqué que ce quatrième roman était «un livre formidable sur la littérature. Nous avons voulu saluer le talent, la jeunesse et la francophonie.» Et le président du Goncourt de souligner encore comment «ce livre emploie tous les moyens que la littérature met à la disposition des écrivains pour raconter une enquête».

Développement suit…