«Pour un écrivain suisse, c’est historique de recevoir l’un des grands prix littéraires français et je savoure ce grand moment de bonheur», a déclaré l’écrivain et journaliste genevois de 57 ans. Le jury a choisi Jean-Michel Olivier au 4e tour pour son roman publié aux éditions de Fallois, par six voix contre cinq à Claude Arnaud pour «Qu’as-tu fait de tes frères ?» aux éditions Grasset.

«J’arrive juste de ma lointaine patrie en TGV... C’est une surprise et un événement extraordinaire», a poursuivi le lauréat. «L’Interallié est très connu en Suisse et ce prix y aura un retentissement très important.»

Nous avons voulu couronner un très bon roman, original et qui ne manque pas d’humour, un écrivain francophone et un éditeur de qualité, de Fallois, trop peu souvent distingué par les prix littéraires», a confié le président du jury, Jean Ferniot. «On considère souvent que l’Interallié, le dernier prix d’automne, ramasse les miettes du Goncourt - décerné à Michel Houellebecq le 8 novembre - mais nous sélectionnons les meilleurs graines et notre objectif, c’est de rendre accessible la littérature au plus grand nombre», a-t-il ajouté.

L’Interallié dope en moyenne les ventes du livre primé à près de 100000 exemplaires contre près de 400000 pour le Goncourt, selon une étude. Considéré comme l’un des meilleurs auteurs suisses de sa génération, Jean-Michel Olivier, né à Nyon, a grandi à Genève. Il enseigne la littérature française et l’anglais au collège.

Fondateur de plusieurs revues culturelles, il écrit également des critiques sur son site internet et son blog. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, romans, poésie et essais, qui s’articulent souvent autour de la musique, de la photo et de l’art contemporain.

Dans «L’amour nègre», il raconte l’histoire du petit Moussa/Adam, né dans la misère en Afrique. A onze ans, il est échangé par son père contre une TV plasma et adopté par un couple d’acteurs hollywoodiens beaux, jeunes, célébrissimes et richissimes. «Si mon livre devient un film, j’aimerais que ces rôles soient tenus par Angelina Jolie et Brad Pitt, deux acteurs que j’admire et auxquels on pense forcément», a confié l’auteur.

En Californie, le jeune Africain découvre le glamour, le désoeuvrement, les paradis artificiels. Il multiplie aussi les incartades. Le couple l’envoie alors chez un acteur qui vante les mérites d’une capsule de café... Ce double de George Clooney vit le plus souvent dans son archipel polynésien, en compagnie d’un gourou New Age. L’adolescent finit par s’enfuir dans un «paradis» asiatique.

Devenu imbattable en termes de marques, Adam se fait habiller, et déshabiller, par une banquière suisse adepte du tourisme sexuel. Avant de le jeter, elle le ramène à Genève. Là, il rencontre un homme qui lui apprend à se rendre indispensable auprès de dames esseulées. «Il va en quelque sorte repeupler l’Europe en déclin à lui tout seul», sourit l’écrivain. «L’Amour nègre» explore ainsi les vertiges de la vie factice et le lecteur se délecte des tribulations de ce Candide africain confronté aux mille pièges et tentations de la société globalisée.