Les membres du jury du Goncourt ont étalé leur désaccord en public lors de l'attribution du prix au recueil de Pascal Quignard, Les Ombres errantes (Grasset). Trop élitaire, disait Robert Sabatier, cet ouvrage érudit allait décevoir ceux qui pensent que le label Goncourt promet un bon gros roman sans trop de surprises stylistiques, comme ce Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin en 2001 qui a trouvé près d'un demi-million de lecteurs. Il n'avait pas tort. Selon Ipsos, le Quignard a «fait» dans les 72 000 exemplaires. Peu pour un Goncourt mais beaucoup pour un auteur aussi savant et pour un ouvrage qui fait partie d'un projet plus vaste dont trois volumes ont été publiés en même temps. Le Prix Renaudot, lui, décerné pourtant à un «vrai» roman, Assam de Gérard de Cortanze (Albin Michel), n'atteint que 41 000 exemplaires. On est loin du succès de Camille Laurens ou d'Ahmadou Kourouma qui, en 2000, avaient atteint les 200 000 exemplaires.

Une relative désaffection

Ces chiffres sont indicatifs et provisoires, la carrière de ces livres n'est pas terminée. Encore que la deuxième déferlante dite «rentrée de janvier», qui jette sur les tables des libraires 362 romans français et 189 étrangers, sans compter 63 essais littéraires, risque bien de recouvrir la vague de l'automne dernier! Les raisons de cette relative désaffection sont difficiles à cerner. Dans le numéro de janvier de la Nouvelle Revue française, Benjamin Berton émet l'hypothèse que les auteurs français ne sont pas vraiment en prise avec leur époque, contrairement aux Anglo-Saxons, et que c'est la raison de cette relative désaffection. D'ailleurs, le prix le plus vendu est La Tache de Philip Roth (Gallimard) avec 135 000 exemplaires, un Prix Médicis dont la carrière n'a pas attendu cette récompense pour démarrer.

On peut aussi penser que le système français est déconsidéré, après toutes les accusations de collusions et de copinage. Il est frappant de constater que les prix décernés par un jury populaire rencontrent un succès certain. Celui du Livre Inter – Un Soir au club de Christian Gailly, chez Minuit – s'est vendu à 118 000 exemplaires et le Goncourt des lycéens – La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé chez Actes Sud – à 60 000.