Pendant le festival Etonnants Voyageurs, le vrai patron de Saint-Malo, c'est Nicolas Bouvier. De son vivant déjà, il a été fêté et célébré; dix ans après sa mort, ce culte prend de l'ampleur, une belle reconnaissance pour celui qui se voulait plus un voyageur qui écrit qu'un écrivain qui voyage. L'an dernier, le prix qui porte son nom a été décerné pour la première fois à Nullarbor, de David Fauquemberg. Dimanche, c'est un jeune auteur suisse, Blaise Hofmann, qui l'a reçu pour Estive (Zoé, lire le Samedi culturel du 05.05.07).

Sérieuse concurrence

Estive avait des concurrents sérieux pour ce prix doté de 15 000 euros, financé par la Direction générale de l'aviation civile: entre autres titres tentants, Zoli de Colum McCann, l'étonnant Eloge des voyages insensés de Vassili Golovanov, Le Canapé rouge de Michèle Lesbre et encore Un Jardin à Bagdad d'Elisabeth Horem. Le jury, composé de voyageurs et de poètes, comme Alain Borer, Gilles Lapouge, Alain Dugrand et Alain Velter, a choisi ce récit d'une transhumance, peut-être un peu parce que Blaise Hofmann est Suisse, ou parce qu'il est jeune, en tout cas, c'est une décision heureuse.

Le lauréat pourra la faire figurer sur son site, http://www.blaisehofmann.com, où l'on trouve référencés toutes les publications de l'auteur, les textes qui cherchent éditeur, les articles et les émissions sur lui, les projets aussi. Il a commencé avec un récit de voyage qui devait beaucoup à Nicolas Bouvier, Billet aller simple, qu'il a d'abord édité lui-même et placé avec une belle énergie, avant que le livre soit repris par les Editions de l'Aire en 2006. Estive (joli mot qui signifie «pâturage d'été en montagne») raconte une belle et difficile expérience: pendant quelques mois, le jeune homme a fait le moutonnier face à mille brebis rétives, avec l'aide de deux chiens. «Le métier veut déjà venir», lui avait assuré le vieux berger après une instruction sommaire, le laissant seul, pendant tout un été pluvieux et froid dans les Alpes vaudoises.

Blaise Hofmann relate ses déboires avec une belle distance, il sait surtout saisir la beauté d'un instant, la détailler sans la figer, créer la tension avec de minuscules détails. On comprend à le lire que presque plus personne ne veuille faire ce métier, que l'alcool soit la consolation du berger; on perçoit aussi l'attachement qui lui met la bruine à l'œil le jour du départ. On se dit que Nicolas Bouvier aurait approuvé ce choix.