thriller

Le prix du polar européen consacre une glaçante histoire de tuerie scolaire

Redoutable thriller, «Rien de plus grand», de Malin Persson Giolito, recevra vendredi à Lyon le prix «Le Point» du polar européen. L’auteure construit un fort personnage d'adolescente issue de la bonne société suédoise, qui est allée jusqu’à la fusillade

Cela s’est passé un vendredi matin. Maja, diminutif de Maria, rejoint Sebastian, son petit ami. Ils sont lycéens, beaux, fiers, amoureux – ou pas. Sebastian est le fils de l’homme qui possède la plus grande fortune de Suède, et qui se révèle par ailleurs être un père infect à l’égard de son cadet. Ce vendredi-là, Maja vient chez Sebastian. Elle ne sait pas, dira-t-elle, qu’il vient de tuer son paternel. Auparavant, elle lui avait écrit par SMS à propos du père, «qu’il crève».

Puis ils se rendent au lycée et tuent plusieurs élèves.

Trio amoureux d’ados plus si jeunes

Rien de plus grand recevra ce vendredi à Lyon, à l'occasion des rencontres Quais du polar, le prix Le Point du meilleur polar européen. Netflix s'est rué sur ce roman, déjà couronné dans l'espace scandinave. Un intérêt compréhensible.

L'intrigue se déroule pour l’essentiel lors du procès de Maja. Elle est défendue par le ténor du barreau de Stockholm; après tout, ses parents à elle, surtout sa mère, sont riches, aussi. En début de procédure, tandis que la procureure canonne le cas Maja, l’avocat reste en retrait. Ensuite, il monte à la barre pour déployer sa stratégie, tout faire pour dépeindre Maja comme une victime de Sebastian.

L’est-elle? Mystère. C’est l’histoire d’une tuerie en milieu scolaire, mais aussi celle d’un trio amoureux d’ados plus si jeunes. Maja est partagée entre Sebastian, lequel s’enfonce toujours plus dans un mélange de drogue, d’alcool et de colère à peine rentrée, et Samir, l’immigré modèle.

Une construction remarquable

On donne l’impression d’avoir beaucoup raconté de ce roman, mais c’est peu. Et il vaut mieux éviter la quatrième de couverture qui, elle, fait preuve de maladresse. Rien de plus grand – allusion acide au souffle amoureux – représente un thriller à la construction remarquable. Auteure de L’Enfant qui ne souriait pas, Malin Persson Giolito, qui était invitée de Quais du polar avant l'annonce de son prix, bâtit son histoire, entre le procès et des flash-back d’une amourette qui vole en éclats, avec une puissance redoutable. Il faut attendre 300 pages pour commencer à avoir une idée de ce qui s’est réellement passé; et pourtant, malgré quelques longueurs, le roman fascine son lecteur par sa densité et sa capacité à surprendre. Au début, le lecteur peut craindre d’avoir affaire à une écriture un peu cliché, vaguement graveleuse. Rien de cela, au contraire. Le curieux lit la lente affirmation du personnage de Maja dans ce roman à la première personne.

C’est l’autre richesse de Rien de plus grand. Malin Persson Giolito sculpte un personnage d’ado profonde, franche, brutale s’il le faut. La mixité de l’école ne trompe personne sur les positions sociales des uns et des autres. Maja et Sebastian haïssent leurs parents autant qu’ils sont manipulés par eux, ou qu’ils souffrent sans l’admettre de leur absence émotionnelle. Sans insister, l’auteure dresse néanmoins le portrait d’une bonne société suédoise percluse dans des idéaux du siècle passé aussi bien que murée dans une obsession des apparences. Le roman vaut bien sa collection de prix.


Malin Persson Giolito, «Rien de plus grand», traduit du suédois par Laurence Mennerich, Presses de la Cité, 492 p.


Cet article est paru sous une première forme vendredi 30 avril 2018, et a été mis à jour.

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