Le Prix Töpffer récompense l'histoire d'un amour hanté par le sida

Le Prix pour la jeune bande dessinée genevoise a été remis samedi à Frederik Peeters pour «Pilules bleues». Le Prix international de la Ville de Genève va au «Minuscule Mousquetaire» de Sfar.

Pour la cinquième fois, les deux Prix genevois de la bande dessinée étaient remis samedi à la Galerie Papiers gras, coordinatrice de l'événement avec le Département des affaires culturelles de la Ville. Le principe est toujours le même: le Prix international de la Ville de Genève récompense le meilleur album paru en français dans l'année, le Prix Rodolphe Töpffer encourage un représentant de la bande dessinée locale. Le premier permet d'offrir un meilleur impact au second et donc d'aider à faire connaître une scène genevoise toujours en mouvement ces dernières années. Les deux prix sont donc décernés le même jour, par le même jury international présidé par le directeur du Festival d'Angoulême, Jean-Marc Thévenet. Ils sont prolongés par un catalogue et une exposition réunissant également les autres nominés. Cette année, Philippe Jeanneret, monsieur Météo de la TSR – sans doute ses airs de Tintin le prédestinaient-ils à cette tâche –, présentait la cérémonie.

C'est une histoire d'amour qui s'est vu décerner le Prix Rodolphe Töpffer de la bande dessinée. Mais pas n'importe laquelle. Récompensé le 1er décembre, Journée internationale contre le sida, l'album Pilules bleues (Editions Atrabile) se déroule justement sur fond de séropositivité. Mais ce n'est pas une fiction de plus pour rappeler aux trop nombreux inconscients que le sida est toujours une terrible maladie. Le récit de Frederik Peeters – d'origine néerlandaise, né à Genève en 1974 – est porté par la juste émotion de l'autobiographie. Il raconte la vie du dessinateur avec une jeune mère séropositive, dont le petit enfant, «sauf découverte scientifique, sera plongé jusqu'à la fin de sa vie dans une sorte de toxicomanie vitale, sous l'administration de sa maman».

Trois mois durant, Frederik Peeters a ainsi dessiné le quotidien d'un amour un peu plus difficile que les autres. Il jongle entre réalisme et rêve, faisant appel – pour évoquer la menace, terrible parce que permanente – aussi bien à un simple préservatif noué qu'à un rhinocéros prêt à charger.

L'ouvrage est beau comme une déclaration d'amour, émouvant comme l'aveu de ses propres faiblesses, de ses peurs. Sans réel happy end, puisque la maladie est toujours là en arrière-fond. Mais elle est tenue à distance autant par ces pilules bleues qui donnent leur nom à l'ouvrage que par la lucidité de Frederik et Cati. Une lucidité qui devient pleinement lumière à la dernière page de l'album: après l'épreuve, trois mois durant, de l'écriture de Pilules bleues, le couple et le petit garçon sont réunis en vacances, serrés les uns contre les autres dans la blancheur de la page, libérés du cadrage des vignettes. Depuis, Frederik Peeters a sorti un autre album, chez Drozophile et en collaboration avec Ibn Al Rabin. Les Miettes est le récit picaresque d'un détournement de train.

Deux autres albums étaient nominés pour le Prix Töpffer. Dans le troisième tome de Helvethika (Editions Paquet), Kalonji excelle toujours dans la déclinaison d'ambiances hip-hop et sombres. Lon – nom d'artiste de Guillaume Long – est quant à lui encore vierge de toute publication. Mais la simplicité efficace des petites cases de Défragmentation, récit à la première personne inspiré par la vie d'étudiant en beaux-arts de l'auteur, devrait aisément convaincre un éditeur.

Exposition des planches originales des 19 participants au Prix Töpffer et des trois nominés du Prix de la Ville de Genève à la Galerie Papiers gras, au Centre d'arts appliqués contemporains et à la librairie Archigraphy, aux Halles de l'Ile à Genève (rens. 022/310 87 77). Lu-sa 10-18h. Jusqu'au 5 janvier.

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