Les Prix de Visions du réel 2007 ont été remis jeudi soir. Pour cette édition du festival de cinéma de Nyon, le jury international a choisi de récompenser deux histoires de filiations, deux films où la parole des protagonistes est tissée avec des images de nature, d'arbres, de paysages.

Ainsi, au début de Söhne (fils), de Volker Koepp, Grand Prix Visions du réel, quatre frères dispersés par la Seconde Guerre mondiale et un cinquième dont l'adoption est aussi liée à cette débâcle enlacent un marronnier dans l'ancienne demeure familiale, en Pologne. Le cinéaste allemand narre à partir de leurs souvenirs, de ceux de leur mère, qui n'a jamais assumé cette dispersion liée à sa fuite vers l'Allemagne, à partir aussi des témoignages des épouses et des enfants de cette fratrie, une émouvante saga familiale. Il l'inscrit dans le temps de l'Histoire, que gardent en eux les paysages, filmés comme des peintures romantiques. Volker Koepp poursuit ici avec toujours plus de justesse son travail de cinéaste historien.

Pour le Prix SRG SSR idée suisse, le même jury a choisi Scènes de chasse au sanglier, de Claudio Pazienza. Comme Volker Koepp, ce Belge d'origine italienne est un habitué de Nyon. Enseignant à la Haute Ecole d'art et de design de Genève, il livre un témoignage très personnel, puisque le film, tourné au moment de la mort du père du cinéaste, fait office de travail de deuil. Mais l'impudeur qu'on pourrait craindre d'une telle démarche est largement dépassée, grâce à la poésie du film - y compris de son commentaire - et par la force des questions soulevées, sur l'héritage et sur le rôle des images.

Ce père, connu des habitués de Pazienza puisque le cinéaste utilise ses proches pour servir son propos, nous le voyons sur son lit de mort. Son visage est là au premier plan, alors que le fils s'installe au second. «Je veux encore une fois rester dans la même image que toi», dit-il en italien.

Signalons encore, parmi les autres récompenses, le Prix du public de la Ville de Nyon décerné au film musical de Stefan Schwiert Heimatklänge, et le Prix Suissimage/Société suisse des auteurs à Retour à Gorée, de Pierre-Yves Borgeaud. Une sélection du palmarès est montrée ces jours à la Cinémathèque suisse à Lausanne avant la Rote Fabrik de Zurich.

C'est la première fois que le festival adoptait un calendrier allant du vendredi au jeudi suivant. Il sera repris l'an prochain, du 18 au 24 avril. Car c'est plutôt au soleil qu'à ce changement que les organisateurs imputent une légère baisse de fréquentation du public. A mettre en perspective avec une hausse des accréditations et de la participation des professionnels au Doc Outlook International Market.