Sur la terrasse où elle a accepté de répondre aux nos questions, Yvette Jaggi semble fatiguée. Jeudi, elle s'est épuisée à diriger une séance décisive du conseil de fondation de Pro Helvetia, dont elle est la présidente. Hier à Neuchâtel, les 35 membres de ce conseil ont accepté la réforme de l'institution, proposée en mai dernier et attendue depuis 4 ans. Cette victoire – elle en était l'un des plus fervents défenseurs, n'a en rien érodé son caractère: «Il n'est pas facile de présider ce genre de réunion. C'est un peu comme une séance de domptage; une minute d'inattention et ils babillent.» Domptage réussi, puisque, depuis hier, la fondation est prête à affronter l'avenir.

Le Temps: Quels sont les principaux changements par rapport à l'ancienne structure?

Yvette Jaggi: Le conseil de fondation a été réduit de 35 à 25 membres et le bureau de 9 à 7 membres. Ce dernier devient un véritable bureau de gestion comprenant 4 gestionnaires et 3 représentants des groupes de travail, choisis parmi les membres du conseil. De plus, le rôle du secrétariat est renforcé et ses compétences mieux définies. Dès le 1er janvier 2002, la fondation bénéficiera d'un secrétariat avec une marge de manœuvre plus grande et d'une direction forte. Les antennes basées à l'étranger bénéficieront d'une plus grande marge de manœuvre.

– En quoi cette réforme va-t-elle améliorer le travail de la fondation?

– Au niveau du conseil, une réduction du nombre de membres équivaut à une réduction des possibilités de dispersion. Elle permettra de mieux répondre aux demandes et d'améliorer le traitement des projets dits transversaux (plusieurs catégories artistiques). C'est la possibilité de se pencher plus à fond sur les questions stratégiques, sur un programme annuel et une ligne claire donnée à une institution dont le but principal est de traverser les frontières, tant linguistiques – à l'intérieur du pays – que nationales – lorsque des projets sont proposés à l'étranger. Le secrétariat, lui traitera plus de demandes et libérera le conseil des dossiers «habituels». Aujourd'hui, il est trop souvent écarté du traitement de ces dossiers par la communication directe et verticale entre les groupes de travail et le conseil.

– Qu'est-ce que cela va changer pour les artistes et le public?

– Les artistes conserveront les mêmes interlocuteurs, mais leurs dossiers seront traités plus rapidement et les projets transversaux seront mieux accueillis. Les rapports hiérarchiques seront plus clairs. La nouvelle structure permettra une meilleure adaptation aux évolutions du monde des arts. Pour le public, on va voir très certainement la mise sur pied de projets plus intéressants, notamment en ce qui concerne les réalisations propres à Pro Helvetia. Une meilleure communication sera aussi mise sur pied, puisque le département qui s'en occupe sera érigé en «service d'état-major» et développera une philosophie de la communication. Une autre décision significative pour la fondation sera le choix du nouveau directeur. Les recherches peuvent commencer car nous avons maintenant les moyens de faire un choix en fonction d'un profil clair. Le poste sera d'autant plus intéressant qu'il bénéficiera d'un pouvoir plus large.

– Quelles sont vos visions d'avenir pour la fondation?

– Pro Helvetia est prête à affronter les nouveaux défis qu'impose la promotion culturelle. Ces dernières années, une forte concurrence s'est instaurée entre les sponsors et les institutions cantonales et fédérales. Mais l'image de Pro Helvetia restera toujours plus discrète, sans afficher le «clinquant» du sponsoring. Le travail à long terme, ce rôle de fourmi qui donne à la fondation l'image d'une «coureuse de fond» doit être maintenu, pour que «Pro Helvetia» demeure un label de qualité, apposé sur des projets qu'elle mérite. Qu'elle garde aussi son rôle d'ouvreuse de porte, tant pour les artistes que pour le public.