Il gît dans la blancheur d’une salle de bains. Teint livide sur carreaux immaculés. Des mains s’approchent et apposent sur son torse deux iPhone en guise d’électrodes. Voix off: «Nous sauvons régulièrement des jeunes du suicide. 147, le numéro d’appel d’urgence de Pro Juventute.» Ce clip, première campagne nationale en Suisse contre le suicide des jeunes, est diffusé depuis lundi sur les chaînes télévisées du pays. «Il est toujours délicat de communiquer sur ce thème parce que cela peut entraîner le fameux effet Werther, à savoir une contagion de suicides, note Florian Lüthi, responsable du bureau romand de Pro Juventute. Cela dit, Fribourg, qui était l’un des cantons les plus touchés, a réussi à largement diminuer le nombre de cas après une campagne.»

Désamorcer la crise

En Suisse, pays très concerné, le suicide est la première cause de décès des 15-24 ans. Quelque 10 000 jeunes tentent de se donner la mort chaque année. Une centaine y parvient. Parmi eux, entre un et six enfants de moins de 14 ans. «Peut-être parce que nous exprimons moins facilement nos émotions que d’autres cultures. Ou parce que la pression sociale est élevée», esquisse Florian Lüthi. Trouver une oreille attentive suffit souvent à désamorcer la crise. Le 147 reçoit 400 appels journaliers. «La majorité ne sont heureusement pas suicidaires, mais si nous sentons qu’il y a un risque, alors nous questionnons plus directement l’adolescent, explique Serge Pochon, directeur de l’association Telme, répondante du 147. Nous explorons les ressources personnelles et familiales, nous l’encourageons à communiquer ce qu’il vit à ses proches. Nous essayons de savoir s’il a un plan pour le suicide. Nous appelons parfois la police, lorsque le risque du passage à l’acte reste présent.» Le numéro, gratuit et anonyme, est accessible 24h/24.