Cinéma

«Le Procès du siècle», pour en finir avec le négationnisme

Mick Jackson décrit fidèlement la situation paradoxale dans laquelle s’est retrouvée en 2000 l’historienne Deborah Lipstadt, obligée de prouver dans un tribunal l’existence des chambres à gaz

Comment prouver que l’on a bel et bien raison, lorsqu’on sait que l’on a bel et bien raison? C’est la situation paradoxale dans laquelle s’est retrouvée l’historienne Deborah Lipstadt lors d’un procès qui s’est tenu à Londres de janvier à avril 2000. Assignée en justice par l’universitaire anglais négationniste David Irving, qui l’accusait de diffamation suite à la parution d’un ouvrage dans lequel elle remettait – à juste titre – en cause ses travaux, l’Américaine a dû prouver la véracité historique des chambres à gaz et de la Shoah.

Ce qui ne semblait devoir être qu’une formalité ne l’a finalement pas été. Tout en devant arguer de la bonne foi de leur cliente, les avocats de Lipstadt ont également dû démonter les écrits nauséabonds d’Irving, réellement persuadé qu’Hitler n’avait jamais commandité l’extermination du peuple juif. L’Anglais a-t-il sciemment menti, ou simplement interprété différemment des faits historiques, comme tout historien est en droit de le faire? Au centre du procès, la question n’est pas aussi anodine qu’elle en a l’air.

Point de vue documentaire

Deborah Lipstadt aurait pu choisir de ne pas affronter David Irving. Si elle a décidé de le faire, et d’accepter de s’en remettre totalement à ses avocats sans jamais prendre la parole elle-même, c’est à la fois pour ne pas trahir les victimes du génocide orchestré par le Troisième Reich, mais aussi pour éviter que le négationnisme ne soit un jour considéré, plutôt que comme un mensonge, comme un simple point de vue divergent.

Jadis réalisateur du «Bodyguard», essentiellement actif à la télévision ces dernières années, Mick Jackson a décidé de s’effacer derrière son sujet et d’épouser un point de vue quasi-documentaire. Comment trahir la réalité, en effet, lorsqu’on dénonce justement la malhonnêteté intellectuelle d’un historien déformant les faits pour défendre son propre intérêt? «Le Procès du siècle» est ainsi d’une fidélité absolue aux événements, les scénaristes s’étant basés sur les comptes rendus détaillés du procès pour écrire et dialoguer le film. En résulte un long-métrage classique et sans grande surprise, mais réellement captivant par ses enjeux, et porté par des acteurs solides.


«Le Procès du siècle» (Denial), de Mick Jackson (Grande-Bretagne, Etats-Unis, 2016), avec Rachel Weisz, Tom Wilkinson, Timothy Spall, Andrew Scott, 1h49.

Publicité