Musique

La prochaine édition du Cully Jazz Festival sera une injonction au voyage

La manifestation lémanique a révélé son affiche exploratoire. Jacob Banks, Oumou Sangaré, Thomas Dutronc, devant une pléthore de découvertes enthousiasmantes

Il est un signe qui témoigne d’un retour certain du printemps. L’annonce du programme du Cully Jazz Festival. Pour la 37e fois, le bourg de pentes et du lac accueille une manifestation d’ambition sans prétention, un florilège des pistes à suivre, un tour complet sur la scène musicale d’ici et au-delà. C’était déjà le cas quand Carine Zuber assurait la direction artistique, mais aujourd’hui encore, sous la houlette de Jean-Yves Cavin, ce festival investit tous les territoires esthétiques pourvu qu’ils aiment la scène.

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Ainsi, pour ceux qui aiment le jazz, les opportunités ne manquent pas. Rhoda Scott entourée de jeunesses puissantes qui disent la continuité et l’expansion. La basse sous stéroïdes de Stanley Clarke qui se frotte en première partie à une batteuse de vertige, Anne Paceo. L’étonnante rencontre transgénérationnelle dont on espère beaucoup entre Michel Portal et Baptiste Trotignon. Et puis, et puis, l’un des plus beaux plateaux de l’année: Emile Parisien en majesté polyphonique, avant le trio de Yaron Herman dont on a déjà écouté le sublime nouvel album à sortir, un trio qui s’ouvre sur une ballade hantée.

Fidélité suisse

Le jazz, c’est aussi la mémoire. Celle d’une tornade vieille de vingt ans, qui rugit encore, le groupe d’Erik Truffaz, époque Bending New Corners qui se reforme avec le poète Nya. La mémoire des pionniers aux mains baladeuses et aux feux de camp, soirée manouche pilotée par Thomas Dutronc. La mémoire aussi d’une Havane rêvée (l’orchestre El Comité avec Eliades Ochoa) et d’une île en exil: le duel entre Omar Sosa et Yilian Canizares.

Cully célèbre aussi ses propres fidélités. Cette édition s’ouvre par une célébration d’un label français qui a 15 ans cette année. Oumou Sangaré et Blick Bassy soufflent au bord du Léman ces bougies qui réchauffent au moment où l’industrie du disque a tant besoin d’indépendants qui y croient. Fidélité à la scène suisse, également, dont on adore écouter les prouesses à Cully parce que les musiciens se battent pour y être à leur meilleur: le beau projet de Gauthier Toux, le nouvel album du quartet Aksham (avec Elina Duni et Marc Perrenoud), les retours de Léo Tardin et Julian Sartorius en solo.

On ne fera pas de la retape pour Jacob Banks, dont le concert sera complet dans la seconde. Mais on fouillera plutôt dans les contre-allées de cette brillante affiche. Le flow incandescent de Black Milk, l’incroyable densité du Trio Abozekrys, la promesse de Fatima, Antibalas bien sûr et les fous bruissants de Yemen Blues. Ce festival est une leçon de curiosité, une invitation à explorer presque les yeux fermés.


Cully Jazz Festival. Du 5 au 13 avril. 

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