Le raga ne sert pas seulement de fondement à la musique hindoustanie, il signifie aussi un tremblement optique, un érotisme de la rétine. Certains musiciens l'ont bien saisi, qui, dans une lignée induite par Ravi Shankar, marient les bleutés du jazz au prisme de Jaipur. Pourtant, avant de converser avec le guitariste John McLaughlin ou le saxophoniste Jan Garbarek, Zakir Hussain, prodige du tabla (percussion en deux fûts), a intégré parfaitement la tradition classique de l'Inde septentrionale.

Au début des années 70, le maître du sarod Ali Akbar Khan convie Hussain à San Francisco pour enseigner son art. Ce dernier n'a que 15 ans… Parallèlement à ses expériences cosmopolites, son tabla aguicheur suscite des rencontres mémorables avec des Indiens du Sud. Apport incontestable.

Depuis des millénaires, les musiques hindoustanie (Nord) et carnatique (Sud) se lorgnent de loin. Avec la superbe de deux lions ne souffrant aucun rival. La parenté est manifeste, mais l'approche dissemblable. Le génie de Zakir Hussain tient en cette sublime confrontation.

Baptisée Zakir Hussain percussions, sa formation actuelle n'abrite que des doigts fertiles, formés aux alentours de Madras, et des instruments rares. Au ghatam (jarre de terre), Vikku Vinavakaram, malgré son âge apparemment canonique, laisse systématiquement son public sans souffle. Selva Ganesh, son fils, se profile comme l'un des meilleurs spécialistes du tambourin du Sud. Pour parachever l'ensemble, les deux frères Ganesh montrent que l'on pourrait croire aisément aux origines indiennes du violon. Si l'on peut entendre de tels concerts en Europe, c'est qu'une certaine forme d'orientalisme de pacotille n'y a plus court: celui d'une Inde fantasmée et probablement violentée. La rémanence du tala, ce cycle inaltéré du rythme, est alors accessible dans sa pureté inestimable.

Zakir Hussain percussions, Octogone de Pully, lundi 19 avril à 20 h 30, location: Billetel.