Déjà élevé le 14 février de cette année au rang d'associé étranger de l'Académie des inscriptions et belles-lettres – distinction rarement accordée à des savants non français – l'helléniste Denis Knoepfler, professeur d'archéologie classique et d'histoire ancienne à l'Université de Neuchâtel, poursuit son exceptionnelle carrière académique en devenant aujourd'hui le premier Suisse élu au prestigieux Collège de France. Il occupera dès 2004 une chaire créée à son intention d'épigraphie et histoire des cités grecques.

Savoir de pointe

Issu du Collège des lecteurs royaux fondé en 1530 par François Ier à l'instigation de Guillaume Budé, le Collège de France est une institution unique, qui perpétue une tradition humaniste tout en s'adaptant à l'évolution du savoir et des disciplines. Ni université, ni grande école, le Collège de France occupe une situation à part dans la recherche fondamentale et l'enseignement supérieur français. Ouverts à tous, les cours du Collège sont cependant tenus de dispenser un savoir de pointe; les chaires sont définies en fonction des savants, d'abord désignés puis élus par l'assemblée des professeurs titulaires. C'est dire que n'entrent au Collège de France que des chercheurs reconnus qui se sont imposés par la qualité de leurs travaux antérieurs. Après, entre autres, Jacqueline de Romilly, Jean-Pierre Vernant ou Jean Irigoin, Denis Knoepfler offre ainsi aux études grecques le droit d'une nouvelle présence dans cette institution des savoirs qui se distinguent.

Approche pluridisciplinaire

Ancien membre étranger de l'Ecole française d'Athènes, détenteur d'une thèse de IIIe cycle et d'une thèse d'Etat, impressionnant par l'étendue de ses compétences – tout à la fois philologue, épigraphiste, historien et archéologue confirmé – Denis Knoepfler aime à pratiquer une approche pluridisciplinaire, soucieuse de vérifier chaque source, tant il est vrai que, dans une discipline vieille de plusieurs siècles, les acquis reposent souvent sur des convictions qui n'ont de solide que leur âge. Son livre sur La vie de Ménédème d'Erétrie de Diogène Laërce offre, à cet égard, un exemple magistral d'une analyse allant jusqu'à reprendre toute l'histoire de la tradition textuelle d'un traité, depuis les premiers manuscrits jusqu'aux dernières éditions, pour vérifier une donnée philologique qui se révélera capitale pour l'historien. A l'opposé d'une tendance qui trouve dans la spécialisation toujours plus grande de nos disciplines le prétexte d'un repliement sur soi, Denis Knoepfler sait qu'il ne saurait y avoir d'historien de la Grèce antique consciencieux qui ne se double d'un philologue et d'un archéologue averti.

Deux ans après la nomination de Claude Calame à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, l'élection de Denis Knoepfler au Collège de France devient le symbole de l'excellence d'un savoir suisse superbement convoité par l'étranger alors même qu'il peine à survivre dans ses propres terres. Pour des raisons qui sont alors faciles à deviner, Denis Knoepfler s'emploiera à poursuivre parallèlement à Neuchâtel un enseignement dont certains aimeraient déjà faire l'économie.