Epilogue, dimanche, du festival «De l'air dans le gruyère» à Paris (LT des 7 et 9.10.2004). Pour le quatrième soir dédié aux talents de la scène musicale helvétique, la Maroquinerie accueillait Benjamin J et K au café, Pascal Rinaldi et Thierry Romanens sur sa scène en sous-sol. Public clairsemé – seuls vendredi et samedi ont attiré quelque 100 personnes –, composé surtout de professionnels du secteur. Une programmatrice de France Inter, un journaliste de Chorus, d'importants producteurs de spectacle en France (Allias, Azimuth et Astérios, partenaire de l'opération et propriétaire de la Maroquinerie), un représentant de label. L'insolente assurance de K, ses textes crus et subtils, ses accents vocaux parfois proches de ceux de Bertrand Cantat ont séduit l'organisateur de Mars en chansons. Un festival belge qui devrait aussi programmer l'an prochain Jérémie Kisling, Romanens, Rinaldi et François Vé dans le cadre d'un volet spécial Helvétie. François Vé a rendez-vous au siège parisien d'Universal Music et a vendu quelques disques. L'allant du rappeur Chakal est dans le collimateur d'un producteur et Sens Unik a peut-être trouvé un partenaire discographique dans l'Hexagone.

Cette vitrine sur la création helvétique a pu avoir des allures de ghetto, mais elle a atteint son objectif: offrir des relais à des parcours artistiques émergents ou en phase évolutive. Bien que pour Kent, chanteur français présent pour «duettiser» avec son complice Romanens, «ce qui paiera surtout à terme sera de revenir d'une manière ou d'une autre». Tout comme pour Marc Ridet, organisateur de l'événement, affirmant qu'il est «mieux d'offrir une tribune que rien du tout». Et le responsable du bureau voué à l'export de notre scène d'ajouter qu'«un passage parisien reste un indéniable gage de crédibilité». Non une fin en soi donc. Aux agents, tourneurs et autres managers de tirer profit du coup de projecteur. Afin que cette fenêtre ouverte sur la Suisse ne demeure pas qu'un simple courant d'air. En termes de créativité, le patron du label français Sergent Major (Jean Guidoni ou Plastic Bertrand), Jacques Dejean, est de plus en plus sollicité par des artistes suisses. Il est convaincu «de la fraîcheur de la chanson romande et de sa propension à l'exportation».