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«Profile», l’enrôlement djihadiste en ligne et en direct

Le cinéaste russe Timur Bekmambetov («Night Watch») présente au NIFFF un film se déroulant exclusivement sur un écran d’ordinateur, inspiré par le livre d’une journaliste française qui a utilisé les réseaux sociaux

L’écran d’ordinateur comme lieu de la fiction. Ces jours au Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF), le cinéaste russe Timur Bekmambetov (Night Watch, Day Watch) et sa productrice Olga Kharina présentent Profile, leur deuxième long-métrage basé sur leur principe «Lifescreen», soit une nouvelle narration cinématographique qui exploite toutes les ressources de l’écran d’ordinateur; messages textuels, discussions Skype, rappels, envoi de fichiers… Le premier film expérimentant cette forme était Unfriended, en 2015, une histoire d’épouvante à propos d’un suicide suscité par du harcèlement en ligne. Avec un bénéfice considérable (recettes de 64 millions de dollars) pour un budget dérisoire de 1 million, ce premier pas a attiré l’attention des vieux fauves du secteur, dont Universal.

Se laisser approcher en ligne

Profile s’inspire du livre de la Française Anna Erelle, Dans la peau d’une djihadiste. La journaliste s’était fait passer pour une nouvelle convertie à l’islam cherchant à gagner la Syrie. Avec une rapidité déconcertante que le film reproduit, elle avait trouvé un contact, un combattant sur place, qui, à la deuxième discussion par Skype, lui proposait déjà de la rejoindre.

Situé à Londres, avec Valene Kane (The Fall) dans la peau de la journaliste, Profile ne se déroule jamais dans des vraies rues ou même directement dans l’appartement de l’héroïne. Tout se passe à l’écran, son écran, sur lequel se succèdent ses discussions avec son recruteur et futur mari, mais aussi sa cheffe, son petit ami, ses proches… Nul ennui ni saturation dans ce dispositif, juste le déroulement d’un tel reportage en ligne, avec les risques qu’il comporte, entre les possibles menaces et la pression de la rédaction… Le curieux pourrait craindre un gadget visuel, mais ici, la technique adhère à son sujet: fenêtre et prison à la fois, l’écran est bien le terrain de l’action, et même son moteur.


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Le film en capture d’écran, l’avenir du cinéma?

Pourtant, Timur Bekmambetov se dit convaincu que cette manière de raconter s’applique à tout. «Profile n’est pas un film sur Daech, mais sur les réseaux sociaux», lance-t-il. Olga Kharina ajoute que «nous voulions montrer la puissance, alors en 2014, de la machine de propagande de l’Etat islamique en ligne». Ce qui est en question, c’est l’usage des réseaux.

Le cinéaste en est convaincu, face à la société connectée en permanence, la fiction a un rôle à jouer: «Nous passons un tiers de notre temps devant les écrans. Nos vies se passent en ligne, nous racontons, et même vivons, de grands événements on line. Et ce que nous ressentons avant tout, c’est une peur d’internet. La fiction peut nous aider à affronter ce nouveau monde.»

Ce n’est donc qu’un début. Le tandem a créé un appel permanent à projets pour des films explorant cette narration. Avec Sony et deux fonds d’investissement ayant rejoint le tour de table, ils comptent soutenir au moins trois projets par an. Six films, dont un thriller et une comédie, sont déjà prêts. Si une sortie suisse de Profile n’est pas encore à l’ordre du jour, un thriller du même registre, Searching, est prévu pour l’automne.


«Profile», de Timur Bekmambetov. Au NIFFF, vendredi 13 juillet, 17h15.

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