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Christophe Boltanski.
© FRANCOIS GUILLOT/AFP PHOTO

Livres

La proie du guetteur

Christian Boltanski publie un ambitieux et fascinant récit sur sa mère, mais se retrouve piégé par son talent de romancier

Après un premier roman centré sur son père en 2015, La cache, qui lui valut le Prix Femina, Christian Boltanski plonge dans le passé trouble de sa mère dans Le guetteur.

Cette mère, le lecteur la découvre par deux points de vue: les chapitres sur sa vieillesse alternant chaque fois avec les chapitres centrés sur sa jeunesse. D’un côté, dans les années 2000, une femme grabataire vivant avec son chien, Chips, dans son appartement parisien devenu taudis, ne sortant plus, écrivant des polars qu’elle ne fait qu’ébaucher (dont un mystérieux Guetteur que son fils retrouvera dans ses papiers). De l’autre, cette même femme étudiante à l’orée des années 1960, son engagement clandestin dans le FLN (Front de libération national, œuvrant pour l’indépendance de l’Algérie).

On ne peut que saluer les recherches minutieuses de l’auteur pour traquer une mère qu’il aura, au fond, peu connue, l’ampleur historique et politique qu’il donne à son sujet. Mais d’emblée, la vie de la femme cloîtrée, sa déchéance, sa solitude, happe le lecteur, déçu de devoir la quitter un chapitre sur deux pour plonger dans un Paris d’avant Mai 68, même brillamment reconstitué.

L’empreinte du corps

L’homme écrit avec un talent indéniable; pourtant, ses phrases donnent parfois le sentiment d’être trop bien huilées, ses digressions trop riches. «Il ne bavarde pas plus qu’il ne lambine ou ne baguenaude. En réalité, il fomente, il ourdit, il complote», écrit-il avec un plaisir des mots évident, pour définir le profil du comploteur type. Au détour d’une page saisissante, il évoque le matelas sur lequel sa mère est morte: «A mon retour, le matelas avait disparu. Ma sœur Ariane l’avait jeté afin de m’épargner la vue des draps plissés, escarpés, sinueux, presque hercyniens, et du creux désormais vide à l’endroit où le corps reposait, au ton terne, empesé de sueur, dessinant une silhouette, pareil à une ligne tracée à la craie sur la scène d’un meurtre.»

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Le fils n’était pas là, il n’a rien vu; il reconstruit la scène, comme s’il ne pouvait appréhender cette mère qu’à travers les traces qu’elle a laissées. En sa présence, il n’arrivait pas à la voir, ne percevait «qu’une forme floue, cotonneuse, une vague silhouette», alors il la fantasme par les mots. Voilà qui était le sujet, beau à pleurer, du livre. Nul besoin de chercher à en faire un polar. L’atroce «masque de carnaval» de la vieillesse que décrit Boltanski est glaçant, grinçant, grotesque, mais l’écrivain ne parvient pas à nous montrer ses yeux, «des puits faits d’un million de larmes», comme l’écrivait Baudelaire des petites vieilles.


Christophe Boltanski, «Le guetteur», Stock, 286 p.


L’auteur est présent au Livre sur les quais, à Morges, ce samedi 1er septembre et dimanche 2 septembre.

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