Lundi prochain à Arles, le maire de la ville provençale lèvera le voile sur un ambitieux pôle artistique dédié à la photographie et aux images numériques. Estimé à 150 millions d'euros (250 millions de francs), le projet est financé par la fondation suisse Luma créée par Maja Hoffmann, membre de la famille qui, avec les Oeri, contrôle le groupe pharmaceutique bâlois Roche (selon Bilan, la fortune des Hoffmann et Oeri est estimée à 18 milliards de francs).

Arles accueille chaque année les Rencontres de la photographie, le plus ancien et l'un des plus importants festivals de photo au monde. Maja Hoffmann, qui a grandi et vit en Camargue, soutient depuis des années ce festival réputé, dont elle est la trésorière. Le nouveau projet est destiné à renforcer l'identité photographique d'Arles en lui donnant une structure permanente. L'idée générale évoque de loin celle du Schaulager de Bâle, lui aussi créé et financé par les héritiers Hoffmann-La Roche. Soit un lieu dédié aux expositions, mais aussi à la conservation, à la consultation, à la création et au travail scientifique.

Si Herzog et De Meuron ont dessiné le spectaculaire Schaulager de Bâle, Maja Hoffmann a ici demandé à l'architecte américain Frank Gehry de dessiner le nouveau conservatoire de la photographie et des images actuelles. Maja Hoffmann admire depuis longtemps le travail du créateur du musée Guggenheim de Bilbao, du Walt Disney Concert Hall de Los Angeles et bientôt de la Fondation Bernard Arnault dans le bois de Boulogne à Paris. Frank Gehry est venu à Arles repérer les lieux de la future implantation du centre: les friches ferroviaires de la SNCF, gigantesque terrain (14 hectares) aussi grand que le centre historique d'Arles. Le 13 novembre dernier, le maire d'Arles Hervé Schiavetti s'est déplacé en compagnie de Maja Hoffmann à New York pour signer un accord avec Frank Gehry. Ils étaient accompagnés par François Hebel, le directeur des Rencontres d'Arles, Patrick Talbot de l'Ecole nationale supérieure de la photographie et de Françoise Nyssen des éditions Actes Sud. L'école et Actes Sud, tous deux ancrés dans le centre d'Arles, s'installeront eux aussi sur le site en cours de développement. La maquette du bâtiment de Frank Gehry sera sans doute montrée lors des prochaines Rencontres d'Arles, en juillet 2008.

Le projet devra être avalisé au début de l'année à venir par le Conseil municipal d'Arles. «Il y a encore des points légaux et juridiques à régler, note Christophe Cachera, responsable de la communication de la ville d'Arles, car le projet est à la fois celui d'une région et d'une cité. Vu l'importance de l'enjeu, ce cap ne devrait pas poser de problèmes insurmontables. Notre agenda compte sur une ouverture partielle des lieux d'ici à trois ans et une finalisation des travaux d'ici à dix ans.»

L'exemple du Guggenheim de Bilbao - un million de visiteurs par année - fait bien sûr rêver les élus arlésiens. «Nous aimerions à l'évidence créer autant d'emplois directs et indirects qu'à la grande époque des ateliers du chemin de fer, qui employaient 1800 personnes», espère Christophe Cachera. Ville pauvre, chroniquement déficitaire, Arles accomplit actuellement un gros effort avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur pour dynamiser sa vaste friche industrielle. Le parc des ateliers accueille déjà un campus universitaire centré sur l'imagerie numérique, la 3D et la communication. L'ancienne énorme chaudronnerie des chemins de fer vient d'être transformée en halle dédiée aux manifestations culturelles (l'une des pentes de son toit est avec ses 2800 m2 d'électronique le plus écran de France). Le parc abritera également de nombreux espaces verts.

Les parents de Maja Hoffmann se sont établis en Camargue dans les années 50. Les Bâlois ont beaucoup œuvré pour la conservation de cette réserve naturelle, responsabilité perpétuée par leur fille, très engagée dans le développement durable et l'agriculture biologique. Collectionneuse d'art et de photographie, Maja Hoffmann soutient entre autres les Kunsthalle de Zurich et Bâle, et fait partie du conseil de fondation du Kunstmuseum de Bâle. Elle a également produit le documentaire de Sydney Pollack Sketches of Frank Gehry (2005).