New York, parfois, a de la chance: même ses ruines sont fertiles. L'an prochain devrait commencer à Manhattan, dans le West Side, la plus étonnante des opérations de réhabilitation urbaine: une promenade suspendue de 2,5 kilomètres de long, à la hauteur du deuxième étage des immeubles, sur les voies d'un ancien chemin de fer, le High Line. Ce projet est né de la résilience de la ville et de la volonté des New-Yorkais, un peu comme le quartier du Flon à Lausanne. La promenade méditative qu'ils ont voulue sera dessinée par Elizabeth Diller et Ricardo Scofidio, les créateurs de Blur, le fameux nuage d'Yverdon, rejoints aujourd'hui par Charles Renfro. Ils travailleront avec Field Operations de James Corner, déjà chargé de transfigurer la décharge de New York (lire ci-dessus).

Le High Line a une drôle d'histoire. En 1866, au moment du grand essor du rail aux Etats-Unis, le New York Central and Hudson River Railroad, venant du nord, a été prolongé d'une vingtaine de kilomètres vers le sud de Manhattan. Il desservait les usines et les entrepôts du port de la ville, sur l'Hudson, alors extraordinairement actif. Mais, très vite, le train urbain, qui roulait entre la 10e et la 11e avenue, coupant toutes les rues du damier new-yorkais, a été baptisé «Death Avenue», l'avenue de la mort. Les accidents étaient si nombreux qu'on a fini par placer un cavalier devant la locomotive, pour avertir les voitures et les passants à chaque carrefour. Puis, au début des années 30, la ligne a été surélevée sur un pont, de la 34e rue à Greenwich Village (22 blocs). Ce n'était pas une idée sotte, mais elle tombait au pire moment: la Grande Dépression est arrivée en même temps, le port a périclité, comme le chemin de fer américain. La dernière rame du High Line a roulé en 1980, chargée dit-on de dindes congelées. Humiliation nationale!

Le pont, lui, est resté. Le métal s'est couvert de rouille, le tablier et les rails ont disparu sous les herbes folles. Aujourd'hui, c'est un long jardin sauvage, dont l'accès est interdit en raison du risque d'accidents.

Rudi Giuliani, le maire du 11 septembre, était sur le point de céder aux promoteurs immobiliers, qui demandaient la destruction du squelette noir, quand les Friends of the High Line (les Amis du High Line) se sont mobilisés pour imposer sa transformation en promenade. Leur projet rejoignait ceux du nouveau maire, Michael Bloomberg, qui joue sa carrière sur la transformation du West Side, dernière zone morte de New York, où il veut aussi construire un stade olympique géant, exactement là où aboutit le High Line venant du sud.

Un concours d'architecture a été lancé. Plus de 700 réponses sont venues de 36 pays. Le projet de Diller, Scofidio et Corner, préféré à celui de l'Irako-Britannique Zaha Hadid, ponctue la promenade suspendue de jardins, d'un cinéma en plein air, et même d'une plage-piscine: sous les rails, le sable…