C’est à une promenade dans un Paris hanté que nous convie le dessinateur Michel Longuet. Il se promène dans la ville, crayon et carnet en main, s’arrête devant un immeuble, de guingois souvent, devant une ruelle, une porte cochère, une plaque commémorative. Et il dessine. Debout ou assis, quand des commerçants ou des habitants du quartier, intéressés, ravis, lui tire une chaise, ce qui arrive souvent.Dans Adresses fantômes, où textes et dessins s’épousent, Michel Longuet cherche à frôler les spectres de peintres, de poètes, de cinéastes qui ont habité Paris. Il se rend donc à leur adresse, tout simplement. C’est ainsi que nous lui emboîtons le pas, à la rencontre de Georges Méliès, au 18, rue Jolivet. Puis nous nous rendons à Pigalle, sur les traces de Toulouse-Lautrec. Beckett, Michaux, Jean Follain surgiront encore au détour des rues et des squares. A chaque fois, Michel Longuet doit faire le détective. Il joue avec l’épaisseur du temps. S’enquiert auprès des voisins de palier si Toulouse-Lautrec habitait bien là, et on lui répond oui, comme si le peintre venait de sortir acheter du pain. Pour entrer dans les appartements, il doit convaincre. Il se lance alors dans des explications passionnées. Et les portes s’ouvrent. Sur quoi? Sur ce que seuls les dessins peuvent capter sans doute. L’éphémère des vies.