Genre: ESSAI
Qui ? Régis Debray
Titre: Du bon usage des catastrophes
Chez qui ? Gallimard, 108 p.

Finalement, le progrès technologique ne nous a pas débarrassés des risques extrêmes – accidents nucléaires, tremblements de terre, pandémies, génocides, éruptions volcaniques, pour ne pas faire le tri entre ceux qui sont directement ou indirectement provoqués par l’homme et les autres. Avivée par la catastrophe qui a frappé le Japon ce printemps, cette conscience monte en puissance depuis quelque temps déjà. Et elle se décline, c’est la thèse de ce court essai, sur un fond religieux ancestral qui modèle encore aujourd’hui les pratiques intellectuelles et médiatiques occidentales: la recherche de la faute qui a suscité le courroux divin et surtout le récit de l’Apocalypse, avec ce qu’il suppose de délectation inavouée devant la perspective d’un déchaînement de malheurs précurseur de temps meilleurs.

C’est donc sur ce schéma, où la catastrophe et/ou sa menace sont toujours annonciatrices de rédemption si on sait en déchiffrer le sens, que nous parlons réchauffement climatique, dérèglement mondial des marchés, épuisement des ressources planétaires, mais aussi tsunamis, inondations, etc. Ou plutôt que nous écoutons en parler les nouveaux prophètes séculiers qui vaticinent sur les ondes et dont l’évocation est l’occasion de savoureux coups de griffe et de quelques règlements de comptes plus méchants.

Louvoyant entre références philosophico-littéraires grandes et petites – Isaïe et Prolix, le devin de Goscinny, Nietzsche et ­Feydeau –, émaillé de formules parfois un peu trop habiles, ironique, intelligent et froidement désespéré, c’est un texte déroutant, dont on ignore toujours où il va mener et qui, en tout cas, manifeste une cohérence irréprochable. Contrairement aux prophètes qu’il épingle, Régis ­Debray n’a strictement rien à dire sur les catastrophes, leurs causes et leurs leçons. Sinon peut-être qu’il y aurait de la dignité à mettre un peu plus de lucidité dans nos échappatoires.