«Le Festival est un endroit que l'on fuit quand on n'a aucune raison d'y aller. Pourquoi un scénariste s'y montrerait-il? Ce sont les acteurs sans travail qui s'y montrent. Cannes m'a simplement fourni l'occasion de rencontrer, en 1963, Luis Buñuel. Il venait de terminer L'Ange exterminateur et cherchait un scénariste pour Une Femme de chambre. Ce fut le début de vingt années de collaboration. Buñuel n'aimait pas tellement les festivités. Ce n'était pas un coureur de festival. Je me souviens d'un jour où il était invité en Inde pour un festival, il m'a dit: «Oui mais que fais-je à Delhi à 3h de l'après-midi?»

»La grande bagarre à Cannes se situe entre les journalistes et le jury. Les critiques prétendent faire le palmarès et influencer le jury. Mais le jury déteste ça, je m'en suis rendu compte en 1981 lorsque j'en ai été membre (Palme d'or L'Homme de fer, d'Andrzej Wajda). Quand les journalistes ont décidé de leur Palme d'or, car ils préfèrent tel metteur en scène, ils abominent tous les autres, les anéantissent. Alors que leurs critiques seraient plus modérées hors festival. Je me souviens d'une critique du Nouvel Obs dévastatrice sur un film d'Oshima à Cannes, et bonne six mois plus tard. Par le même journaliste. On a ainsi vu des films détruits par le Festival.»