Une virgule mal placée et c’est un monde qui bascule. «Le Temps» raconte la saga de ces signes qui déchaînent les passions, du point-virgule au smiley, des points de suspension céliniens aux parenthèses proustiennes.

Episodes précédents:

Une virgule de travers, c’est un soufflet. Les écrivains ne sont pas chatouilleux sur la question; ils sont impitoyables. Il en va de la pulsation de leurs œuvres, c’est-à-dire de leur vie. On ne compte plus les protes, ces typographes en chef, mouchés par les Jupiter de l’encrier. On ne voudrait pas être celui qui a ajouté, dans un excès de zèle, une virgule à un roman de Georges Simenon. Quand il découvrit le crime, l’auteur de La Patience de Maigret fut saisi d’une rage d’ogre: il fit pilonner le livre.

Louis-Ferdinand Céline, lui, n’aurait pas toléré qu’on coupe dans le taillis de ses points de suspension. Dans Entretiens avec le professeur Y, il les revendique ainsi: «A la place de ces trois points, lui dit le professeur, vous pourriez tout de même mettre des mots, voilà mon avis! – Cuterie, Colonel! Cuterie, encore!… Pas dans un récit émotif!… […] Mes trois points sont indispensables!… indispensable, bordel Dieu!…»