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Les psaumes, de la Bible au stade de football

Droz réédite un best-seller du XVIe siècle, le psautier mis en rimes par Clément Marot et Théodore de Bèze

Quiconque a la chance d’assister à la finale de la Coupe d’Angleterre de football ou à la soirée exceptionnelle qui conclut, chaque année, le second samedi de septembre, la longue série des Promenade concerts – les «Proms» – peut faire encore de nos jours une expérience dont l’origine et le sens remontent à plusieurs siècles.

Avant que les équipes disputant la finale ne pénètrent sur le terrain, la fanfare entame et fait entamer aux 90 000 spectateurs présents un hymne composé en 1847 sur son lit de mort par le pasteur écossais Henry Francis Lyte, l’admirable Abide with me, dans lequel l’hymniste s’adressant à Dieu lui demande de l’assister.

Lors de la dernière soirée des «Proms», c’est au contraire un poème de William Blake mis en musique par Hubert Parry, Jerusalem, que l’assistance reprend en chœur. Même si l’une et l’autre occasion sont typiquement britanniques, ce dont ces deux chants témoignent est quelque chose de bien plus vaste et de bien plus ancien, à savoir qu’une communauté se forge, en particulier, par et dans une invocation à Dieu dans laquelle elle affirme à la fois son identité, sa faiblesse et son espoir.

Croyants chantants

Si Abide with me et Jerusalem ne datent que du XIXe siècle, la tradition à laquelle ils appartiennent est, elle, millénaire: c’est la tradition des psaumes. Les 150 psaumes qui prennent place, dans l’Ancien Testament, entre le Livre de Malachie et celui de Job, ont été, d’abord dans l’histoire d’Israël, puis dans le christianisme, l’occasion par laquelle la communauté des croyants affirmait et, bien plus encore, chantait sa foi et, en la chantant, faisait preuve d’une unité qu’elle sentait devoir défendre contre ceux qui doutaient ou mettaient en question la vérité de cette foi.

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Rien ne prouve mieux le phénomène que le livre que Clément Marot et Théodore de Bèze firent paraître à Genève en 1562 sous le titre Les Pseaumes mis en rime françoise et dont Max Engammare publie aujourd’hui une édition critique. Pour mettre les choses en perspective, il faut rappeler avec l’éditeur que les 30 000 exemplaires du tirage de ce psautier en font «le plus grand tirage d’un livre en une fois depuis l’invention de l’imprimerie». Autrement dit, un best-seller absolu du XVIe siècle. Son importance ne se limite du reste pas seulement à son tirage: c’est autour de ce psautier que va se constituer ou en tout cas se rassembler la communauté réformée. Les protestants sont des croyants qui chantent.

Succès au long cours

Pour les aider, deux poètes français du XVIe siècle, Clément Marot d’abord puis Théodore de Bèze, vont mettre en rimes françaises le texte hébraïque (ou sa traduction latine). Marot, réfugié à Genève en 1543, est prié par Calvin de compléter une traduction qu’il avait entreprise en partie quelques années plus tôt. Mort à Turin l’année suivante, il ne pourra finalement en traduire que 49. Les 101 psaumes restants seront le fait de Théodore de Bèze, le successeur de Calvin.

L’ensemble paraîtra en 1562 non sans nécessiter la collaboration d’une quinzaine d’imprimeurs tant le chiffre de 30 000 exemplaires excédait les capacités de quiconque. Il ne cessera d’être réimprimé de siècle en siècle au point de devenir le complément indispensable de la Bible. Les Editions Droz prévoient un second volume qui fournira les éléments nécessaires à l’utilisation musicale des psaumes.


Clément Marot et Théodore de Bèze
Les Pseaumes mis en rime françoise
Edition critique par Max Engammare
Droz, volume I, 538 pages.

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