revue de presse

Le pseudo révélé de J. K. Rowling casse la baraque

Depuis que l’auteure d’«Harry Potter» a admis avoir écrit «L’Appel du coucou», ce polar passé un peu inaperçu est instantanément devenu un best-seller mondial. Une histoire d’auteur, et surtout une histoire d’édition

Ah, Twitter! C’est en avouant sur le réseau de micromessages qu’elle avait beaucoup aimé le polar The Cuckoo’s Calling, d’un inconnu au bataillon des écrivains, un certain Robert Galbraith, et qu’elle doutait que ce fût vraiment un premier roman, étant donné la qualité du livre, qu’une journaliste du Sunday Times britannique a eu pour la première fois vent du subterfuge: «Robert Galbraith, c’est J. K. Rowling, je le sais, un point c’est tout.» Un message twitté d’un compte qui s’est ensuite autodétruit et dont ne subsiste aucune trace… Un vrai polar, quoi. Intrigué, son rédacteur en chef se mue en détective, raconte-t-il dimanche dernier dans son journal. Il fait comparer les styles du Coucou et d’Harry Potter à des linguistes: les longueurs de mots, le rythme des phrases, les dialogues, l’usage de citations latines en exergue sont compatibles (la BBC a interrogé un de ces experts en linguistique assistée par ordinateur, passionnant). Autre indice: une des scènes de drogue ressemble à celle de Une Place à prendre (roman adoré par notre critique Lisbeth Koutchoumoff), le premier roman de J. K. Rowling après la série des Harry Potter. Enfin, le militaire à la retraite qu’est censé être Robert Galbraith partage la même maison d’édition, Little, Brown and Company, que J. K. Rowling: c’en est trop, il contacte la romancière, qui avoue: oui, c’est bien moi, vous m’avez démasquée, quel dommage, je m’amusais beaucoup…

Le résultat en tout cas ne s’est pas fait attendre. «Le livre est passé instantanément de la 4709e place du classement des meilleures ventes chez Amazon à la première», raconte la BBC. Tout le monde se l’arrache. L’éditeur promet de nouveaux tirages – 400 000 exemplaires dans les dix jours. La première édition devient un collector. En français, il sera traduit pour cet automne, croit savoir Le Figaro : Grasset a avancé la date de sortie de janvier 2014 à septembre 2013 pour profiter du mouvement…

Car, oui, la traduction était déjà prévue. Avant le buzz planétaire. L’Appel du coucou a été bien reçu en avril. Le New York Times fait la synthèse de ces critiques: un livre «complexe, captivant» pour l’un. «Un premier roman qui scintille» pour un autre. L’auteur, un ancien enquêteur de la police militaire, est comparé à «P.D. James, Ruth Rendell et Kate Atkinson». Le livre s’est vendu à 1500 exemplaires en quelques semaines, audiolivres compris, bien plus qu’honorable pour un premier roman, c’est «comparable à Harry Potter à ses tout débuts, note le Financial Times, quand la série ne faisait que commencer».

Le Guardian propose le début du roman (à lire ici) et rebondit. «Dommage que cette histoire devienne celle d’un auteur excentrique qui cherche encore à écrire, en retrouvant l’anonymat, en fait, c’est une histoire sur l’édition.» Et de rappeler que Doris Lessing s’était fait refuser un roman sous pseudo alors que son dernier s’était vendu à 900 000 exemplaires… On ne prête qu’aux riches. «Les auteurs comme Rowling ou Dan Franck sont devenus des marques.» «Auparavant, on fonctionnait avec l’effet Pareto, raconte encore cet éditeur dans le F, 80% des ventes étaient faites par 20% des auteurs et vice versa. Maintenant, la proportion c’est plutôt 96% contre 4%…» Bref, zéro signe de la démocratisation qu’Internet devait apporter à tous, la longue traîne se fait toujours attendre…

De nombreux auteurs reconnus ont utilisé des pseudos pour frissonner de nouveau en attendant la réponse d’un éditeur et pour diminuer la pression des attentes, rappelle aussi le New York Times, qui cite entre autres Stephen King ou John Banville parmi de récents auteurs. Incroyable de penser qu’une auteure aussi guettée que J. K. Rowling n’ait pas été repérée plus tôt… Mais c’est sur le fond de l’affaire que s’interroge le quotidien new-yorkais. «Il est possible que les tweets anonymes fassent partie d’une campagne rusée de l’éditeur pour que la vérité soit exposée au grand jour.»

Oh my God. Mais où vont-ils chercher tout cela…

De fait, la vérité est apparue ce matin. Un des avocats de J. K. Rowling avait vendu la mèche à sa femme, raconte The Bookseller, qui n’a pu s’empêcher de divulguer l’information à sa meilleure amie, bien sûr sous le sceau du secret. La suite est connue. C’est l’amie qui a commis le tweet indicateur. L’éditeur n’a effectivement joué aucun rôle dans l’histoire.

Ouf. On pourra mettre dans notre sac de plage The Cuckoo’s calling sans avoir l’impression de s’être fait complètement manipuler.

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