Aparté

De la pub entre les lignes

La nouvelle liseuse d’Amazon sera moins chère mais envahie par la publicité

Le jury du Booker Prize a accepté cette année de lire des livres en lice pour son prix sur tablettes numériques. Le monde francophone n’en est pas encore à cette révolution des mœurs, mais les écrans de lecture mangent du terrain. Le Salon du livre de Genève fera, du 29 avril au 3 mai prochains, une large place aux débats sur le livre numérique. Le Salon du livre de Québec, qui vient d’avoir lieu, a invité ses visiteurs à «feuilleter» sur place des tablettes électroniques.

Or, l’essor des écrans destinés à la lecture permet à un nouvel acteur de faire son apparition dans le monde feutré des lecteurs: la publicité. Jusqu’ici limitée aux signets aimablement délivrés par le libraire ou, plus rarement, glissés par l’éditeur entre les pages, elle sera partie constituante du nouveau Kindle – la tablette du libraire en ligne Amazon. Il entend en effet, grâce à elle, financer une nouvelle liseuse vendue à un prix plus abordable que les précédentes. Hélas, les lecteurs moins fortunés mais désireux de consommer moins de papier, verront donc une bannière défiler au bas des «pages» de leurs ouvrages électroniques. Dès qu’ils lèveront les yeux, un économiseur d’écran viendra vanter intempestivement les mérites d’un produit. Après les films coupés par les pubs à la télévision, voilà que les livres passent au hachoir des marques!

On peut se consoler un tout petit peu, en apprenant que les livres à leur tour vont venir brouiller les publicités qui ornaient jusqu’à présent le dos de paquets de céréales. Une chaîne de supermarchés britanniques vient de passer un accord dans ce sens avec un éditeur qui imprimera des extraits de livres pour la jeunesse sur les corn-flakes. Ce n’est pas encore aussi bien que Fellini qui, pour protester contre l’invasion de la pub, proposait de couper les spots par des longs métrages… A quand Moby Dick en intégrale au milieu d’un catalogue de plongée! Eléonore Sulser

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