Hier, dans la pluie et le froid, Michel Caspary a présenté sa troisième saison à la tête du Théâtre du Jorat, célèbre Grange sublime de Mézières fondée en 1908 par René Morax. A l’affiche du programme qui court d’avril à octobre prochains, de grands événements – il en faut pour remplir cette salle de 1000 places – comme, en mai, Milonga, la création mondiale du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui, Chouf Ouchouf, spectacle acrobatique du duo Zimmermann & de Perrot, inédit en Suisse romande. En tout, 14 productions de danse, théâtre, musique et humour, dont les concerts de Michel Jonasz et Stephan Eicher, sûrs là aussi de drainer un vaste public.

Le public, justement. Sur les 38 672 entrées vendues l’an dernier, Michel Caspary est particulièrement heureux d’annoncer 5000 nouveaux spectateurs, dont beaucoup ont moins de 26 ans. La raison de ce renouvellement? «La venue de Camille et de Laurent Voulzy, des concerts qui ont affiché complets et ont diversifié l’audience», se réjouit le directeur, qui ne regrette pas d’avoir quitté son poste de journaliste culturel en 2011 pour ces nouvelles responsabilités.

Le Temps: Michel Caspary, vous bouclez votre deuxième saison. Quels ont été les événements marquants de l’an dernier?

Michel Caspary: On a vécu trois grands moments. L’anniversaire des Mummen­schanz, qui fêtaient leurs 40 ans. Ils ont joué douze fois, soit devant 11 000 personnes, au printemps dernier, et la joie des spectateurs était palpable. Je me souviens d’un soir où le public a chanté «Joyeux anniversaire» à l’équipe, un geste d’autant plus émouvant qu’il s’agissait des dernières représentations de Bernie Schürch, cofondateur de la compagnie. L’autre grand moment a été sans conteste le concert de Camille en octobre. Est-ce le climat de la grange boisée qui convient si bien à l’univers musical de cette artiste raffinée? En tout cas, le concert a été magique de bout en bout et, comme j’avais expliqué à Camille l’incongruité d’une salle de mille places dans une commune, Mézières, qui compte 1100 habitants, l’artiste a fait chanter au public une rengaine, «mille personnes, mille places», dont elle a le secret. Enfin, je conserve un faible particulier pour le concert des solistes du festival de l’opéra d’Avenches. Ce spectacle n’a malheureusement attiré que 300 personnes, ce fut donc un échec financier; par contre, les gens étaient debout, en délire, à l’écoute de ces chanteurs lyriques.

– Quel est le budget de la Grange et comment atteignez-vous l’équilibre financier?

– Notre budget s’élève à 3 millions de francs, dont 50% provient de la billetterie, 35%, des mécènes, sponsors et du bar, et 15%, des subventions. Je dois donc faire très attention à remplir ma salle si je veux boucler mon exercice. L’an dernier, j’ai commencé avec cinq pièces de théâtre coup sur coup, ce qui a fatigué jusqu’au plus valeureux des fans d’art dramatique! Cette année, j’ai mieux panaché mon affiche.

– Une affiche qui compte la création mondiale de Sidi Larbi Cherkaoui, un des chorégraphes les plus en vue aujourd’hui. Comment avez-vous réussi ce coup d’éclat?

– C’est le dernier cadeau de René Gonzalez avant de s’en aller. Ce spectacle, Milonga, que Cherkaoui réalise avec des musiciens et des danseurs argentins, est une coproduction avec plusieurs théâtres dont Vidy-Lausanne. René Gonzalez a tenu à ce que la création ait lieu dans le cadre très particulier et chaleureux du Jorat. C’est un honneur pour nous.

– Au programme de l’an prochain, figurent aussi des pointures comme Michel Jonasz, Stephan Eicher, Marie-Thérèse Porchet ou Francis Huster. Est-ce que l’obligation de remplir la salle ne limite pas la prise de risque?

– Disons que le gain quasi garanti de certaines productions me permet de prendre plus de risque ailleurs. Par exemple, grâce à certains concerts classiques qui font un tabac, je donne une carte blanche à Thierry Romanens, qui invite cinq artistes de son choix.

– Et qu’en est-il de la tradition populaire du Théâtre du Jorat que défendait René Morax à sa fondation?

– On retrouve ce trait populaire dans la recréation du Roi David, une pièce de Jean Morax et Arthur Honegger créée en 1921 au Jorat, puis reprise en 1971 et en 1991. L’art choral fait partie intégrante de l’histoire de ce lieu et Le Roi David est une pièce emblématique qui réunit 80 chanteurs et 15 musiciens en plus des solistes et des deux comédiens.

Théâtre du Jorat, Mézières, 021 903 07 55, www.theatredujorat.ch