Ils sont quatorze, quatorze à avoir bénéficié des largesses de la Fondation Irène Reymond entre 2006 et 2011. En dépit de la diversité de leurs expressions, vidéo, installation, peinture, photographie, ils représentent une certaine unité de la pratique artistique en Suisse romande. L’exposition fait suite à la présentation des lauréats de la même fondation, qui pour son vingtième anniversaire avait réuni leurs travaux en 2006 à l’Espace Arlaud à Lausanne. L’intérêt de la présente exposition tient dans le fait que les artistes livrent le résultat de leurs recherches récentes, avec des œuvres pour beaucoup inédites. Ainsi témoignent-ils du fait que les sommes reçues ont été et sont encore un tremplin sur leur parcours.

Le visiteur a tout loisir de se promener dans ces univers particuliers d’une création en constant devenir. De s’arrêter pour déchiffrer les grandes lettres superposées et entrelacées de Christian Robert-Tissot, ou pour contempler, en vision rapprochée, les taches de couleurs fraîches qui composent le monde végétal (traversé d’insectes) mis en scène par Luc Marelli. Il se penchera sur les propositions, toujours nettes et précises, de Joëlle Flumet, qui comportent une énigme, et il écoutera autant qu’il regardera le travail de Delphine Reist sur la perception changeante du monochrome: le battement insolite de stores noirs ressemble au clignement de l’œil.

Braises inoubliables

Les plasticiens ont tous eu droit à une reconnaissance préalable, plus ou moins importante, Didier Rittener, Alexandre Joly, Christian Gonzenbach faisant presque figure de stars. C’est pourtant auprès des Brèves Braises de Manon Bellet qu’on trouvera, d’un point de vue subjectif, la touche d’émotion qui rend inoubliable une exposition. Soit une œuvre murale constituée d’un cercle, lui-même composé d’éléments de papier de soie brûlé. Fragilissimes lambeaux de cendres, qui au fil de la durée de l’exposition, et du passage répété des visiteurs, lesquels soulèvent le peu d’air qui suffit à déchirer le restant de l’œuvre, se détachent de la paroi et viennent, en flottant, et en silence, se déposer sur le sol en petits tas dérisoires. Quelle meilleure approche de la précarité de l’art, et de nos vies en général?

Prix Irène Reymond. Lauréats 2006-2011. Musée d’art de Pully, chemin Davel 2, tél. 021 721 38 00. Me-di 14-18h. Jusqu’au 5 août.