Livres

Le punching-ball littéraire de Florian Eglin

Florian Eglin publie un récit et une pièce de théâtre où violence et dérision ne font pas toujours bon ménage

Florian Eglin publie deux livres courts, assénés comme des uppercuts. En pleine lumière (BSN Press) narre l’histoire d’un jeune homme mauvais élève se passionnant pour les sports de combat, sur les traces de son père, un ancien boxeur. L’auteur maîtrise le rythme et les rebondissements, mais roule les mécaniques et abuse du langage «jeune».

Le second livre est lui aussi hanté par une filiation contrariée. Il prononcera ton nom, à La Baconnière, est une pièce de théâtre qui se présente comme un «mystère contemporain». On retrouve le style de l’auteur, son goût pour le mauvais goût, les digressions, le cabotinage, une violence extrême des rapports humains.

C’est l’histoire d’une «adolescente fragile», Alexandra, enceinte, et du père de l’enfant, un «papa qui ne veut pas être papa». La farce est lourde. Les personnages masculins entreprennent de faire avorter la jeune femme en lui boxant le ventre. Une «voix off» commente le combat entre les sexes: «Il fourre des coups dans cet utérus qu’il a pourtant fourré de son plein gré. Pour une première grossesse, ce n’est pas de la tarte.» Le reste est à l’avenant.

Farce potache

Florian Eglin est dans l’excès, surtout depuis Ciao connard (La Grande Ourse, 2016), et, après une trilogie de facture plus classique, mais inventive, publiée à La Baconnière sur un personnage «mi-homme, mi-dieu», Solal Aronowicz. Pour l’auteur, la littérature ressemble de plus en plus à un punching-ball. Ceinture noire de judo, aurait-il oublié qu’utiliser les coups de l’adversaire pour les détourner est plus efficace qu’une démonstration de force? Vibrionnant, l’auteur donne l’impression de rechercher l’attention à tout prix. Se rêve-t-il anticonformiste, grand méchant sadien? C’est un doux, un tendre. Car tout finit bien, dans cette farce potache.

En dehors de leurs côtés sympathiques de trouble-fêtes, tout paraît unidimensionnel dans ces deux livres. Aucune distance, aucun jeu. «La violence, c’est pas que des coups. C’est aussi des mots. Des fois, c’est juste un regard ou même un silence.» Ces deux nouvelles publications manquent avant tout de silence. Mais leur auteur montrera peut-être, au round suivant, ce qu’il a véritablement dans le ventre.


Récit

Florian Eglin

«En pleine lumière»

BSN Press, 70 p.

Théâtre

Florian Eglin

«Il prononcera ton nom»

La Baconnière, 127 p.

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