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Depuis les quais de Morges, le livre prend son envol

Depuis la première édition du festival en 2010, le secteur s’est transformé . Nouveaux soutiens, nouveaux élans, récit d’une métamorphose

Depuis les quais de Morges, le livre a pris son envol

Lecture Depuis la première édition du festival en 2010, le secteur s’est transformé

Nouveaux soutiens, nouveaux élans, récit d’une métamorphose

Le Livre sur les quais, à Morges, ouvre aujourd’hui sa sixième édition. Quelque 300 écrivains seront au rendez-vous du bord du lac jusqu’à dimanche. Devenu le rendez-vous littéraire de la rentrée, Morges illustre parfaitement le climat dans lequel baigne le secteur du livre en Suisse romande depuis cinq ans: malgré les difficultés économiques (franc fort et concurrence des gros acteurs numériques), l’état d’esprit des acteurs du livre et de la scène littéraire en général a radicalement changé pour se maintenir à un haut degré de combativité et d’énergie. Au ­fatalisme et à l’abattement, s’est substituée une assurance pleine d’entrain. Que s’est-il passé en cinq ans? Tour d’horizon.

2012, année décisive

Quand on demande aux libraires, aux éditeurs, aux chercheurs (lire ci-dessous l’interview de François Vallotton) d’où vient l’énergie qui circule dans le petit milieu du livre romand aujour­d’hui, la campagne pour le prix réglementé du livre en 2012 apparaît comme la date clé. Le combat s’est pourtant soldé par un rejet populaire mais les professionnels se sont retrouvés d’un coup soudés.

Indépendance

En juillet 2012, le groupe français Lagardère cède l’Office du livre, leader de la distribution de livres en Suisse romande, à son directeur, Patrice Fehlmann. Deux ans plus tard, en juin 2014, c’est Payot Libraire qui retrouve son indépendance en s’émancipant aussi de Lagardère. Le premier réseau de librairies et le plus important distributeur de la région redeviennent des entreprises suisses. Patrice Fehlmann, pour l’OLF, et Pascal Vandenberghe, pour Payot, n’ont plus à suivre la logique d’un groupe et peuvent naviguer selon les courants du marché romand: réactivité, défense du marché local, «small is beautiful».

Vous avez dit… best-seller?

Ce qui a aussi changé en cinq ans, c’est que la Suisse romande est entrée sur la carte des fabricants de best-sellers mondiaux. Les effets du succès de Joël Dicker avec La Vérité sur l’affaire Harry Quebert (40 langues de traduction, 60 pays de parution), paru en août 2012, sont considérables: la Suisse romande devient soudain intéressante pour les éditeurs français. On ne sait jamais, un deuxième Joël Dicker pourrait surgir? Les lecteurs suisses romands regardent avec d’autres yeux une production locale parée soudainement d’atours glamour. Et les jeunes écrivains romands se sentent pousser des ailes. Un seul best-seller, et c’est tout un secteur artisanal qui découvre (enchanté ou effaré peu importe) le savoir-faire industriel.

Des libraires joyeux

Et si la bonne humeur actuelle devait aussi beaucoup aux libraires? Longtemps démoralisés par les contestations des clients autour de la différence entre le prix du livre en euros et en francs, les libraires se retrouvent en effet au centre de la fête. Au Salon du livre de Genève tout d’abord, ils viennent de toute la Suisse romande pour tenir les librairies thématiques. Ils ont en quelque sorte remplacé les stands des diffuseurs, acculés par la condamnation de la Comco pour leurs pratiques commerciales. A Morges, les petits libraires sont aussi de la partie cette année pour pallier la démission de Payot en février dernier. Huit librairies se chargent des commandes de livres et du conseil aux festivaliers. L’Office du livre assure la logistique. Les soucis liés au franc fort ne se sont pas volatilisés, mais participer aux salons où les visiteurs se pressent et achètent, ça donne du cœur à l’ouvrage. Et les lecteurs le sentent.

Reconnaissance

Une école professionnelle d’écriture a aussi commencé à fournir ses premières volées, c’est l’Institut littéraire de Bienne. Chaque année, des talents affûtés s’élancent et publient. Parmi les diplômés, Julien Maret, Antoinette Rychner, Elisabeth Jobin, ­Arthur Brügger et Anne-Sophie Subilia. Depuis 2012, l’Office fédéral de la culture remet des Prix suisses de littérature à des écrivains et à des manifestations. L’an dernier, c’est le Prix Roman des Romands qui a été salué, à juste titre, pour avoir grandement contribué à faire connaître et aimer la littérature écrite ici. La première maison d’écrivains de Suisse romande a vu le jour en 2012 à Genève dans la maison natale de Rousseau et organise des rencontres et des lectures et depuis cette année le festival Fureur de lire.

Une rentrée suisse

Placé pile au moment de la rentrée littéraire française, le Livre sur les quais attire à Morges les éditeurs et écrivains français en pleine tournée de promotion. Du coup, écrivains et éditeurs suisses s’y mettent aussi et publient pour l’occasion. A la rentrée littéraire française s’ajoute maintenant la rentrée littéraire suisse. Est-ce une conséquence de tout ce qui précède? Le cru 2015 a du chien avec Daniel Maggetti, Olivier Sillig, ­Nicolas Verdan, Florian Eglin, Douna Loup, pour ne citer qu’eux. Ils seront à Morges.

Le Livre sur les quais, Morges, 4, 5, 6 septembre. www.lelivresurlesquais.ch

La Suisse romande est entrée sur la carte des fabricants de best-sellers mondiaux

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