Tirer un trait sur le passé. Raturer, barrer, remodeler et repenser le rapport à l’art. Dépasser une vision du monde trop «étroite», emprisonnée dans des règles et une histoire traumatiques. Cette pulsion de vie à l’œuvre dans les mouvements artistiques d’après-guerre a fait exploser la créativité et la recherche formelle. «Il n’y a pas un art abstrait, durant cette période, mais un foisonnement de mouvements. C’est cela que nous voulons mettre en lumière», précise Yan Schubert, conservateur à la Fondation Gandur pour l’art, à Genève, et commissaire invité de l’exposition Abstractions plurielles au Musée d’art de Pully.

Il est d’usage de délimiter les mouvements qui ont façonné l’art abstrait du XXe dans une période allant de la Seconde Guerre mondiale aux années 1960. Or, la démarche de Yann Schubert et de Delphine Rivier, directrice du Musée d’art de Pully, se distingue par le parti pris d’«élargir la focale» jusqu’aux années 1980. Le parcours met habilement en scène des pratiques de plus en plus radicales. Le visiteur est ainsi invité à s’immerger progressivement, presque en douceur, en partant des années 1950, époque marquée par le refus du figuratif, jusqu’au point de bascule où les artistes n’hésitent plus à s’attaquer à la base qui relie encore la peinture à ses racines académiques: la toile elle-même.