«La violence urbaine» «Le dispositif place le spectateur derrière le cordon de police, du côté de celui qui doit être protégé. Les émeutiers sont sans visage, fantomatiques, violents, jeunes. Ce type d’images a été utilisé pour évoquer les événements tunisiens avant la fuite de Ben Ali, alors que l’on parlait d’émeutes sanglantes, d’émeutes de la faim ou de chômage. Elles évoquent la violence urbaine, une colère peu élaborée, et rappellent l’embrasement des cités en France. C’est une sorte de transposition du problème des banlieues françaises sur la réalité tunisienne.»

«La Marianne tunisienne» «Nous sommes là dans une représentation très canonique de la Révolution, avec cette figure féminine dominant la foule, tendant le bras et tenant un drapeau. C’est la figure de la Marianne, appuyée sur La Liberté guidant le peuple, peint en 1831 par Eugène Delacroix. Apparu en Mai 68, ce personnage est devenu récurrent en France. On l’a vu récemment encore lors des manifestations contre la réforme des retraites. Des images de ce type ont fait la une du Nouvel Obs et de L’Express après le départ de Ben Ali. Elles signifient un changement de lecture: on ne parle plus d’émeutes et de jeunes en colère, mais d’une vraie révolution.»

«Le Che algérien» «C’est une innovation iconographique, une sorte de synthèse des deux précédentes images. On voit une évocation du Che, autre figure du lyrisme révolutionnaire, en même temps qu’une vision des manifestations comme étant une menace pour le spectateur. On retrouve les nuques des CRS ou des policiers, mais en face, des visages, le drapeau tunisien et cette figure du Che levant un bras. Ce personnage est rarement associé au Maghreb. La figure du révolutionnaire arabe est plutôt celle de l’islamiste; on assiste donc là à une véritable ouverture iconographique. Le manifestant a imaginé une mise en scène, sachant qu’il pouvait être photographié, puis intervient notre interprétation.»

«Le peuple révolutionnaire» «Le V de la victoire est très clair. Les manches laissent deviner une chemise et une veste. Ce sont sans doute des membres de la classe moyenne qui participent à la révolution, des employés de bureau. Les forces de l’ordre se trouvent en face. C’est le retournement de l’image des émeutiers. On ne se trouve plus du côté de l’ordre mais des manifestants. Tous les derniers clichés pris en Egypte et publiés dans la presse française ou occidentale vont en ce sens. Les photographies des violences au Caire ces derniers jours montrent les partisans de Moubarak jeter des pierres.»