Derrière les chiffres de fréquentation en hausse, le Festival de la Cité, qui s'est terminé le week-end dernier, doit faire face à des dissensions internes tenaces. La crise, qui a éclaté entre les programmateurs bénévoles et la nouvelle fondation, entrée en fonctions en janvier 2003 pour professionnaliser la structure pionnière, a pris une tournure concrète peu avant le début de cette édition. Deux programmateurs, sur les treize qui décident du contenu de la manifestation gratuite lausannoise, ont été remerciés. Il s'agit de Gyslaine Delaunay, qui s'occupe de la danse depuis une vingtaine d'années et de Pierre-François Massy, en charge de la programmation jazz depuis un peu plus de dix ans. A ces deux départs forcés s'ajoutent, depuis lundi après-midi, deux départs volontaires: Pierre Genoud, en charge des musiques actuelles, logées sur la grande scène de la place du Château, et Patrick Chambaz, chantre de l'humour. Danse, jazz, grande scène, humour: le Festival de la Cité perd quatre piliers fortement identitaires.

Au cœur de la discorde, les nouveaux statuts édictés par la fondation. Ces textes instaurent une limite au mandat des programmateurs. La durée n'est pas encore arrêtée, mais tourne autour de deux mandats de trois ans. Cette limitation a d'emblée irrité les programmateurs qui ont songé à manifester leur désaccord par un sitting samedi soir, puis y ont renoncé. Olivier Pavillon, président de la fondation, assure que les lignes programmatrices des personnes concernées ne sont pas en jeu. «Il s'agit simplement de permettre une rotation plus grande des programmateurs afin d'assurer la pluralité des visions», explique-t-il. Et d'ajouter que la situation héritée de l'ancienne association n'était pas simple: «Nous avions affaire à des clans hostiles entre eux. Cette édition 2003 est un festival de transition. Nous souhaitons aller vers une meilleure reconnaissance du travail des programmateurs.»

«Il n'est pas humain de sanctionner le travail de quelqu'un sur le seul critère du nombre des années. Faire un bilan annuel de la qualité des programmations serait plus constructif», estime Pierre Genoud. «Au vu des moyens très modestes dont nous disposons, seul un réseau très efficace permet d'assurer des programmations pour la Cité. Or, il faut du temps pour constituer de tels réseaux. Tout comme tenir un public, assurer une qualité d'écoute en plein air et en pleine ville exige un apprentissage. La fondation a l'air de croire que les programmateurs culturels se trouvent sous n'importe quel galet en Suisse romande. J'en doute», conclut Patrick Chambaz.