Classique 

«Les quatre saisons» enivrent Gstaad

Très beau week-end d’ouverture au Gstaad Menuhin Festival, avec le chef-d’œuvre de Vivaldi et d’autres œuvres qui en sont dérivées

Vous en avez marre des Quatre saisons? Eh bien vous avez tort! Pour preuve, le Gstaad Menuhin Festival déroulait son week-end d’ouverture autour des Saisons, avec le grand oratorio de Haydn samedi soir et Les quatre saisons de Buenos Aires d’Astor Piazzolla jouées dimanche.
Vendredi soir, le violoniste anglais Daniel Hope donnait le coup d’envoi avec l’Orchestre de chambre de Zürich à l’église de Saanen, toujours aussi belle et accueillante.

Il s’est adressé au public et a lu en allemand les sonnets attribués à Vivaldi (des textes descriptifs) pour Les quatre saisons. Il a mis en regard ces concertos avec une version «recomposée» par le compositeur post-minimaliste Max Richter en 2012. Une soirée en deux temps, donc. Oui, Daniel Hope renouvelle ces Quatre saisons que l’on a entendues mille fois. Il partage une belle complicité avec ses musiciens. C’est une lecture vive, énergique, frôlant parfois l’excès de vitesse, alternant emportements et moments plus doux. Le rôle dévolu au luth est ici très important. C’est un dialogue permanent, avec une prise de risques de tous les instants.

Les Four Seasons recomposées par Max Richter sont inégales. Certains passages de Vivaldi sont repris quasi textuellement assortis de légères modifications; d’autres sont «recomposés», et ce sont les plus intéressants. Dans Le printemps, les motifs aux violons induisent une douce ivresse. Le finale de L’hiver est, lui, teinté de nostalgie. D’autres séquences versent dans la musique de film; on entre dans un univers lunaire avec des mélopées sentimentales au violon. Daniel Hope défend avec conviction une œuvre qui a ses faiblesses.

Une ode à la fraternité

Avec Les saisons de Haydn, le lendemain à l’église de Saanen, on est en pleine fête des sens. Paul McCreesh tire l’oratorio vers son côté humaniste et naturaliste. Il a choisi la version anglaise, donnée en première audition en Suisse. On savoure les merveilleux musiciens et choristes du Gabrieli Consort & Players: voix féminines lumineuses et homogènes, voix masculines pleines de sève. Carolyn Sampson est rayonnante en Hannah, Jeremy Ovenden éloquent en Lucas et la basse Ashley Riches pleine de caractère en Simon. Standing ovation pleinement méritée.

Enfin, le violoniste Andres Gabetta (frère de la violoncelliste Sol Gabetta), le bandonéoniste Mario Stefano Pietrodarchi et la Cappella Gabetta se partageaient le plateau dimanche. A nouveau, on a eu droit aux Quatre saisons de Vivaldi, cette fois-ci sur instruments d’époque, chaque concerto étant joué en alternance avec Las Cuatros Estaciones Porteñas (Les quatre saisons de Buenos Aires) de Piazzolla. Une interprétation aux tempi rapides, serrés, avec un son un peu aigrelet et étriqué.

Intense, le bandonéoniste Mario Stefano Pietrodarchi est très musicien – mais pourquoi diable toutes ces mimiques? Menant tout d’abord le bal, il forge un dialogue plus équilibré avec Andres Gabetta en seconde partie. Un très beau week-end d’ouverture, dans le cadre enchanteur de Gstaad et Saanen.


Gstaad Menuhin Festival, jusqu’au 1er  septembre. www.gstaadmenuhinfestival.com

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